{"id":51,"date":"2016-12-19T22:25:38","date_gmt":"2016-12-19T21:25:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/?p=51"},"modified":"2017-03-04T12:14:11","modified_gmt":"2017-03-04T11:14:11","slug":"quel-occitan-pour-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/2016\/12\/19\/quel-occitan-pour-demain\/","title":{"rendered":"Quel occitan pour demain ? (Eric Fraj)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-118 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Quin-occitan-per-deman-Lengatge-e-democracia-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Quin-occitan-per-deman-Lengatge-e-democracia-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Quin-occitan-per-deman-Lengatge-e-democracia-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Quin-occitan-per-deman-Lengatge-e-democracia-270x270.jpg 270w, https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Quin-occitan-per-deman-Lengatge-e-democracia.jpg 340w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>C&rsquo;est avec l&rsquo;aimable autorisation de son auteur, le chanteur et professeur de philosophie occitan Eric Fraj, que nous publions sur ce blog un texte que nous consid\u00e9rons comme capital. Cette version est la premi\u00e8re, celle qui a initialement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en novembre 2012 sur le blog <a href=\"http:\/\/taban.canalblog.com\/archives\/2012\/11\/15\/25590971.html\">Mescladis e cops de gula<\/a>. Elle a donn\u00e9 lieu \u00e0 un livre bilingue fran\u00e7ais-occitan publi\u00e9 en 2013 aux \u00e9ditions Reclams, suivi en 2014 d&rsquo;une r\u00e9\u00e9dition revue et augment\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce texte est \u00e0 lire et relire, pour quiconque se sent concern\u00e9 par l&rsquo;avenir du breton. D&#8217;embl\u00e9e, le lecteur ne peut \u00eatre que frapp\u00e9 par la similitude entre les situations occitane et bretonne. Nous sommes confront\u00e9s dans les deux cas \u00e0 une probl\u00e9matique, pour ne pas dire une impasse, strictement identique. Si les exemples sont \u00e9videmment pris dans le domaine occitan, la d\u00e9monstration de Fraj pourrait elle s&rsquo;appliquer au mot pr\u00e8s \u00e0 la Bretagne. Et sa d\u00e9monstration est en tout point remarquable. On ne peut ressortir indemne d&rsquo;une telle lecture.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, le texte a provoqu\u00e9 un certain remous dans les milieux occitanistes. Il a eu l&rsquo;immense m\u00e9rite de susciter un large d\u00e9bat sur un sujet, la qualit\u00e9 de la langue, habituellement peu abord\u00e9. Si nous le publions ici-m\u00eame <em>in extenso<\/em>, c&rsquo;est avec l&rsquo;espoir que, de la m\u00eame fa\u00e7on, il interpelle les acteurs actuels du renouveau de la langue bretonne, au premier rangs desquels les enseignants.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">********************<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Quel occitan pour demain\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il est vrai que l\u2019occitanisme doit viser, non pas simplement la survie (plus ou moins symbolique), mais la<em> vie effective <\/em>de l\u2019occitan, la resocialisation rapide et massive de cette langue est alors une n\u00e9cessit\u00e9 absolue. Tout occitaniste se donnant un tel but, et un tant soit peu cons\u00e9quent, ne peut qu\u2019en \u00eatre conscient, convaincu, et y travailler au mieux de ses capacit\u00e9s et possibilit\u00e9s. Cela \u00e9tant, au vu de l\u2019\u00e9volution de notre soci\u00e9t\u00e9 et, surtout, du contexte actuel de l\u2019occitanisme (\u00ab\u00a0des occitanismes<em>\u00a0\u00bb<\/em>, devrions-nous dire pour \u00eatre davantage en ad\u00e9quation avec la r\u00e9alit\u00e9), on est en droit \u2013 et l\u2019on a le devoir <em>historique <\/em>\u2013 de (se) poser la question\u00a0: de <em>quel<\/em> occitan voulons-nous la resocialisation\u00a0? Quel occitan voulons-nous pour demain\u00a0?<\/p>\n<p>En effet, certaines pratiques linguistiques, \u00e0 \u00a0l\u2019\u0153uvre \u2013 consciemment ou pas \u2013 depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, ne laissent pas de sembler tr\u00e8s alarmantes quant \u00e0 la <em>qualit\u00e9 <\/em>de la langue enseign\u00e9e aux nouvelles g\u00e9n\u00e9rations (donc parl\u00e9e et \u00e9ventuellement transmise par elles), mais aussi quant \u00e0 <em>l\u2019id\u00e9ologie<\/em> <em>implicite <\/em>qui trop souvent pr\u00e9side \u00e0 notre insu \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la remise en circulation sociale de la langue (par l\u2019\u00e9cole, les centres de formation, les \u00e9v\u00e9nements culturels, les m\u00e9dias occitanistes, etc.). Mon dessein n\u2019est pas ici de faire le proc\u00e8s de tel ou telle, ou de jeter des anath\u00e8mes, mais d\u2019expliciter et faire partager une prise de conscience\u00a0: celle d\u2019un danger qui, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les derniers locuteurs \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb s\u2019effacent ou vont s\u2019effacer, peut s\u2019av\u00e9rer mortel pour la pratique de la Langue d\u2019Oc mais aussi pour l\u2019avenir du vivre-ensemble que cette pratique engendre ou, en tout cas, devrait engendrer. Ce p\u00e9ril n\u2019existe que parce que nos bonnes intentions et actions ne sont que trop rarement accompagn\u00e9es du recul et de la pens\u00e9e n\u00e9cessaires \u00e0 une pratique \u00e9clair\u00e9e, pris que nous sommes par les multiples urgences qui nous assaillent et par de fausses \u00e9vidences. Il n\u2019en est que plus imp\u00e9ratif qu\u2019une r\u00e9flexion commune et bienveillante s\u2019instaure sans attendre sur la nature de la langue que nous voulons promouvoir dans et par nos discours, quelque forme qu\u2019ils prennent. Puissent les quelques remarques qui suivent contribuer \u00e0 cette r\u00e9flexion et au d\u00e9bat \u00e9largi et d\u00e9cisif que nous appelons de nos v\u0153ux\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> la qualit\u00e9 de la langue<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui saute d\u2019abord \u00e0 l\u2019oreille de celles et ceux qui ont eu la chance d\u2019entendre des locuteurs \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb d\u00e8s l\u2019enfance, c\u2019est la perte d\u2019une phonologie et d\u2019une phon\u00e9tique authentiquement occitanes. \u00ab\u00a0L\u2019occitan, c\u2019est du catalan prononc\u00e9 avec l\u2019accent fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, me disait il y a peu un \u00e9tudiant aragonais qui venait de participer \u00e0 un colloque occitaniste<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0; on aurait tort de n\u2019y voir qu\u2019une boutade\u00a0: c\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 constatative<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Combien de nouveaux locuteurs du languedocien entendons-nous (souvent pass\u00e9s par une Calandreta et les cours du secondaire) qui le prononcent \u00e0 la fran\u00e7aise, de l\u2019ouverture des voyelles au d\u00e9placement d\u2019accent tonique en passant par la non-assimilation entre deux consonnes \u00e0 une fronti\u00e8re de mots ou la non-\u00e9lision des polysyllabes d\u00e9terminant un nom<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, pour se cantonner \u00e0 des exemples flagrants. En l\u2019occurrence, ces n\u00e9o-locuteurs prononcent comme c\u2019est \u00e9crit, ce qui signale alors une p\u00e9dagogie inadapt\u00e9e car trop bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9crit<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> et\/ou un oral professoral lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 inauthentique. Quoi qu\u2019il en soit, il est vrai que l\u2019on pourrait appr\u00e9hender cette <em>inauthenticit\u00e9<\/em> comme un ph\u00e9nom\u00e8ne irr\u00e9versible, un verdict de l\u2019histoire, auquel il conviendrait \u2013 par r\u00e9alisme \u2013 de se r\u00e9signer. Mais le probl\u00e8me est que la perte de substance ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0\u00a0: trop souvent on impose aux apprenants des formes (lexicales, verbales, syntaxiques, etc.) totalement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 leur environnement local et\/ou r\u00e9gional<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, quand ce ne sont pas des syntaxes typiquement fran\u00e7aises (notre presse, h\u00e9las, en offre r\u00e9guli\u00e8rement de beaux sp\u00e9cimens) ou des n\u00e9ologismes tomb\u00e9s d\u2019on ne sait quel ciel linguistique\u00a0: ainsi m\u2019a-t-il \u00e9t\u00e9 permis de d\u00e9couvrir un incroyable \u00ab\u00a0alesedor\u00a0\u00bb, cens\u00e9 d\u00e9signer, dans au moins une de nos Calandretas, ce que les gens du cru nomment simplement et tout \u00e0 fait l\u00e9gitimement \u00ab\u00a0cort de recreacion\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0pati\u00a0\u00bb. Mais encore faut-il, ce qui est loin d\u2019\u00eatre toujours le cas, s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce que disent les gens du cru\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour qui n\u2019est pas sourd, le constat est plus que pr\u00e9occupant. Mes p\u00e9r\u00e9grinations de chanteur et de professeur de langue d\u2019Oc m\u2019ont men\u00e9 en maints lieux d\u2019enseignement\u00a0de notre langue : j\u2019ai souvent pu y constater que je ne comprenais rien, ou peu, aux questions de certains \u00e9l\u00e8ves tellement la prononciation en \u00e9tait d\u00e9faillante\u00a0; que l\u2019enseignant ne reprenait pas les erreurs pour les rectifier\u00a0; que le professeur lui-m\u00eame \u2013 pourtant titulaire d\u2019un C.A.P.E.S. d\u2019occitan \u2013 ne ma\u00eetrisait pas vraiment la langue, au point de faire des fautes d\u2019accord grossi\u00e8res, basiques, au point de se tromper dans la diff\u00e9rence d\u2019emploi entre le pass\u00e9-compos\u00e9 et le pass\u00e9 simple, au point de ne pas savoir, parfois, utiliser correctement le mode subjonctif (y compris dans une phrase au pr\u00e9sent). On le voit, ce constat \u2013 que je ne suis pas le seul \u00e0 faire, loin de l\u00e0 \u2013 n\u2019est pas reluisant et ne porte gu\u00e8re \u00e0 l\u2019optimisme. Or une telle constatation, qui vise \u00e0 ce que nous nous interrogions <em>vraiment <\/em>sur nos m\u00e9thodes et nos contenus d\u2019enseignement et de transmission, je n\u2019ai jamais eu \u00e0 la faire \u00e0 propos des locuteurs (ma\u00eetres et \u00e9l\u00e8ves) des deux Bressoles<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de conna\u00eetre depuis que je suis occitaniste<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Certes, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas strictement le catalan roussillonnais qui y est toujours enseign\u00e9<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> mais, en tout cas, la ma\u00eetrise de la langue y est \u00e9clatante chez un corps professoral qui se montre d\u2019une grande exigence quant \u00e0 la qualit\u00e9 et \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de la langue transmise. Cette double exigence doit \u00eatre absolument la n\u00f4tre\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>si nous ne voulons pas enseigner une langue \u00ab\u00a0de farlabica\u00a0\u00bb, une langue qui n\u2019existe pas\u00a0;<\/li>\n<li>si nous voulons par cons\u00e9quent cr\u00e9er ou maintenir un lien de compr\u00e9hension linguistique et de reconnaissance mutuelle entre les n\u00e9o-locuteurs et les locuteurs \u00ab\u00a0h\u00e9ritiers\u00a0\u00bb pr\u00e9sents dans leur environnement habituel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A l\u2019affirmation d\u2019une telle exigence, je sais ce que d\u2019aucuns vont r\u00e9torquer\u00a0: peu importe la forme de la langue enseign\u00e9e, ce qui compte c\u2019est que les apprenants soient initi\u00e9s \u00e0 une culture par le biais de l\u2019apprentissage de la langue<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Certes, aucune langue n\u2019existe en dehors d\u2019une culture et apprendre une langue c\u2019est apprendre une culture, l\u2019une n\u2019allant pas sans l\u2019autre<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Mais comment ne pas voir que la resocialisation de l\u2019occitan ne peut passer, pour \u00eatre effective, que par un apprentissage d\u2019une langue-culture qui ne soit pas \u00ab\u00a0hors-sol\u00a0\u00bb\u00a0mais, bien au contraire, tienne compte au maximum de l\u2019ancrage de l\u2019apprenant dans un contexte toujours sp\u00e9cifique? L\u2019on ne sauvera la langue d\u2019Oc que si l\u2019on sait (re)tisser ce lien de compr\u00e9hension linguistique et de reconnaissance mutuelle entre locuteurs \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nouveaux\u00a0\u00bb, qui est aussi un lien entre g\u00e9n\u00e9rations. Concr\u00e8tement\u00a0: quel b\u00e9n\u00e9fice de r\u00e9cup\u00e9ration sociale peut-on esp\u00e9rer tirer du fait d\u2019enseigner une langue artificielle en vase clos\u00a0? Et qu\u2019est-ce qui est finalement vis\u00e9\u00a0: l\u2019instauration d\u2019un idiome propre \u00e0 quelques <em>happy few<\/em> (fussent-ils quelques milliers), l\u2019\u00e9tablissement arbitraire d\u2019une <em>novlangue <\/em>de l\u2019entre-soi occitaniste,\u00a0ou la revivification d\u2019une langue historique et populaire, mal en point certes, mais encore r\u00e9ellement existante\u00a0? D\u2019autre part, s\u2019il est vrai que ce qui compte c\u2019est l\u2019initiation \u00e0 la culture quelle que soit la forme de la langue enseign\u00e9e (et enseignante), alors pourquoi ne pas pousser cette logique \u2013 absurde \u2013 jusqu\u2019au bout et enseigner en\/le gascon en pays limousin, en\/le languedocien en Provence et en\/le proven\u00e7al en Gascogne\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une des fa\u00e7ons de noyer le poisson, de ne pas r\u00e9fl\u00e9chir ni r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, sera de les d\u00e9clarer excessives, donc inexistantes. Pourtant, l\u2019exp\u00e9rience (la mienne mais aussi celle de l\u2019occitanisme) prouve \u2013 h\u00e9las \u2013 que l\u2019exc\u00e8s n\u2019est pas de mon fait\u00a0: de plus illustres que moi ont d\u00e9j\u00e0 mis en \u00e9vidence que la <em>distance <\/em>existant<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, au sein d\u2019une m\u00eame langue suppos\u00e9e, entre un syst\u00e8me linguistique A et un syst\u00e8me linguistique B, pouvait \u00eatre telle que l\u2019intercompr\u00e9hension ne soit plus assur\u00e9e. Ainsi en est-il de Robert Lafont quand il compare et oppose une phrase d\u2019occitan populaire et authentique (\u00ab\u00a0<em>l\u2019ibronha envoi\u00e8t un c\u00f2p de soli\u00e8r al rainal<\/em>\u00a0\u00bb) \u00e0 une phrase typique de l\u2019hyper-correctisme caract\u00e9ristique de certains occitanistes\u00a0(\u00ab\u00a0<em>l\u2019embriac mand\u00e8t un c\u00f2p de sabaton a la volp<\/em>\u00a0\u00bb)<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Or cette distance excessive \u2013 produite par le trop grand \u00e9loignement de deux niveaux de langue entre eux ou par une trop grande diff\u00e9rence syntaxique ou phon\u00e9tico-phonologique \u2013 si elle est mortelle pour l\u2019intercompr\u00e9hension, l\u2019est par cons\u00e9quent aussi pour le sentiment de reconnaissance mutuelle susceptible de s\u2019installer entre le n\u00e9o-locuteur et le locuteur h\u00e9ritier. Voici, par exemple, ce qu\u2019un enseignement bas\u00e9 sur une telle distance peut concr\u00e8tement donner : un lyc\u00e9en, faisant part \u00e0 son grand-p\u00e8re de ce qu\u2019il a appris en occitan au coll\u00e8ge, lui r\u00e9p\u00e8te<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>: \u00ab\u00a0Ai sempre fam \u00bb. Qu\u2019arrive-t-il si la langue en usage dans sa r\u00e9gion dit plut\u00f4t et uniquement\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c8i totjorn talent\u00a0\u00bb\u00a0? La r\u00e9action du grand-p\u00e8re ne se fait pas attendre\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que tu dis toi, c\u2019est de l\u2019occitan, ici on parle le patois, ce n\u2019est pas pareil\u2026\u00a0\u00bb. Le grand-p\u00e8re ne se reconna\u00eet pas dans ce que parle son petit-fils, lequel en vient \u00e0 penser que le patois familial n\u2019est pas le \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb occitan ou du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb occitan, que c\u2019est donc effectivement un \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb, un d\u00e9riv\u00e9, une sous-langue, et qu\u2019il y a bien une diff\u00e9rence d\u2019essence entre ce parler local et la langue enseign\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole. L\u2019on comprend alors les ravages consid\u00e9rables, au plan des repr\u00e9sentations et des pratiques sociales, li\u00e9s \u00e0 une telle \u00ab\u00a0p\u00e9dagogie\u00a0\u00bb. Certains trouveront bien s\u00fbr que cet exemple est trop \u00ab\u00a0taill\u00e9 sur mesure\u00a0\u00bb, trop caricatural, ou qu\u2019il ne renvoie qu\u2019\u00e0 de rares exceptions<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Croire cela serait se rassurer facilement et ne pas vouloir voir que ce genre d\u2019enseignement est fr\u00e9quent et totalement <em>contre-productif<\/em>\u00a0: il ne fait que reconduire, dans l\u2019esprit des gens, en toute inconscience et bonne foi, la vieille opposition entre \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0occitan\u00a0\u00bb. L\u2019ironie de l\u2019histoire c\u2019est que l\u2019occitanisme, et \u00e0 juste titre, s\u2019est \u00e9chin\u00e9 pendant des ann\u00e9es \u2013 et s\u2019\u00e9chine souvent encore \u2013 \u00e0 expliquer que le patois et l\u2019occitan c\u2019est pareil, c\u2019est la m\u00eame langue\u2026 Mais pourquoi la partie encore occitanophone du peuple le croirait-elle puisque, par ailleurs (\u00e0 cause de la <em>distance <\/em>linguistique, et parfois culturelle, manifest\u00e9e dans nombre de ses discours), ce m\u00eame occitanisme lui d\u00e9montre trop souvent, <em>en pratique <\/em>et <em>en situation<\/em>, le contraire\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je le dis en pesant mes mots\u00a0: les pratiques linguistiques de certains d\u2019entre nous, certes pleins de bonnes intentions mais insuffisamment r\u00e9fl\u00e9chis, sont un frein \u00e0 la (re)socialisation de la langue et m\u00eame un repoussoir pour nombre de locuteurs potentiels qui seraient pr\u00eats \u00e0 renouer avec elle. Si l\u2019on n\u2019y prend garde, ces pratiques v\u00e9ritablement anti-p\u00e9dagogiques vont finir par inventer une <em>vraie<\/em> diff\u00e9rence entre patois et occitan, dans la pratique comme dans les repr\u00e9sentations mentales et sociales\u00a0: en gros, \u00e0 une certaine \u00e9lite urbanis\u00e9e\u00a0: l\u2019occitan\u00a0; \u00e0 ce qu\u2019il reste du peuple des faubourgs ou de la campagne\u00a0: le patois. Bien s\u00fbr, cet apartheid linguistico-culturel sournois n\u2019est ni g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ni irr\u00e9versible<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, mais il est ind\u00e9niablement en route. Aussi qu\u2019il me soit permis d\u2019\u00eatre solennel\u00a0: c\u2019est <em>maintenant<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire dans les quelques ann\u00e9es qui viennent, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 vont s\u2019\u00e9teindre les derniers locuteurs \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 beaucoup d\u2019entre nous \u2013 ressentant le besoin d\u2019une nouvelle \u00e9tape dans la formalisation de la langue<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a> &#8211; se\u00a0 regroupent en Congr\u00e8s de la Langue ou en Acad\u00e9mie Occitane, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on reparle du vote d\u2019une loi d\u00e9cente pour les langues de France, c\u2019est <em>maintenant<\/em>, donc, que tout se joue\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : ma prise de position se veut avant tout p\u00e9dagogique. Y voir une charge anti-intellectualiste, ou un prurit populiste passager, serait non seulement une m\u00e9prise quant \u00e0 mes intentions et motivations mais aussi une fa\u00e7on d\u2019ignorer \u00e0 bon compte le probl\u00e8me expos\u00e9 et, malheureusement, une fa\u00e7on de le p\u00e9renniser. Il n\u2019est pas dans mon propos de nier ici le ph\u00e9nom\u00e8ne des niveaux de langue, pratiqu\u00e9 \u2013 si ce n\u2019est consciemment reconnu \u2013 par tout un chacun<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0; de m\u00eame, il ne s\u2019agit pas non plus de d\u00e9nier \u00e0 quiconque, notamment \u00e0 l\u2019artiste, le droit de parler et d\u2019\u00e9crire comme il l\u2019entend (y compris le droit de le faire mal, d\u2019\u00eatre abscons, incompris, p\u00e9dant, ridicule, etc.). Loin de moi \u00e9galement l\u2019illusion de pr\u00eacher l\u2019enseignement d\u2019un quelconque parler \u00ab\u00a0rural\u00a0\u00bb\u00a0; ne r\u00eavons pas\u00a0: les nouveaux locuteurs de l\u2019occitan ne parleront jamais comme nos anc\u00eatres paysans<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Il est simplement (si l\u2019on peut dire\u2026) question, tout d\u2019abord, de logique et d\u2019efficacit\u00e9\u00a0: vouloir (re)socialiser l\u2019occitan en enseignant une langue \u00ab\u00a0hors sol\u00a0\u00bb, coup\u00e9e du vivier linguistique territorial (lequel n\u2019est pas encore ass\u00e9ch\u00e9, quoi qu\u2019on en dise), est aussi vain et contreproductif que de vouloir apprendre \u00e0 nager hors de l\u2019eau, sans compter que c\u2019est r\u00e9gresser en de\u00e7\u00e0 des acquis p\u00e9dagogiques d\u2019un Antonin Perbosc ou d\u2019un C\u00e9lestin Freinet, lesquels ont su montrer toute l\u2019importance et la pertinence de l\u2019ouverture de l\u2019\u00e9cole sur le milieu imm\u00e9diat de l\u2019\u00e9l\u00e8ve. Or, outre le fait que quand le milieu culturel \u2013 donc <em>affectif <\/em>\u2013 de l\u2019\u00e9l\u00e8ve reste \u00e0 la porte l\u2019acad\u00e9misme et la haine de soi ne sont jamais loin, l\u2019occitanisme peut-il se permettre, dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, d\u2019enseigner et\/ou pratiquer en vase clos une langue sans assise dans le territoire r\u00e9el concern\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sans accroche (linguistique, culturelle, historique, imaginaire, affective\u2026) \u00ab\u00a0dans la t\u00eate\u00a0\u00bb de celles et ceux qui y vivent<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Mais il est aussi question, et cela a \u00e9galement une port\u00e9e p\u00e9dagogique, de <em>fid\u00e9lit\u00e9 <\/em>et d\u2019<em>attachement<\/em> \u00e0 une histoire, \u00e0 un peuple et un pays. L\u2019inauthenticit\u00e9 que je d\u00e9nonce fait fi (or l\u2019occitanisme peut-il raisonnablement en faire fi\u00a0?), non seulement du legs de l\u2019histoire, mais aussi de la langue encore parl\u00e9e ici et l\u00e0, c\u2019est-\u00e0-dire tient dans le plus haut m\u00e9pris \u2013 inaper\u00e7u, mais cela ne change rien \u00e0 l\u2019affaire \u2013 la r\u00e9alit\u00e9 diachronique et synchronique qui est la n\u00f4tre. Combien d\u2019occitanistes toulousains, dans la ville m\u00eame de Goudouli, utilisent syst\u00e9matiquement l\u2019article historique \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb (qui n\u2019est pas un francisme), ou \u00ab\u00a0dinquias\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0li\u00e8it\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ser\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? On peut les compter, en \u00e9tant optimiste, sur les doigts d\u2019une main. L\u2019immense majorit\u00e9 dit \u00ab\u00a0lo\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0duscas\u00a0\u00bb (quand ce n\u2019est pas, et de plus en plus, \u00ab\u00a0fins\u00a0\u00bb), \u00ab\u00a0li\u00e8ch\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0serai\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Si l\u2019on veut entendre l\u2019occitan <em>mondin<\/em>, il faut aller \u00e9couter, dans les faubourgs et les campagnes environnantes, et quel paradoxe\u00a0!, des occitanophones non-occitanistes. Tout se passe donc, dans notre petit monde occitaniste, comme si \u2013 quant \u00e0 la langue \u2013 il n\u2019y avait rien eu d\u2019int\u00e9ressant et de d\u00e9terminant <em>avant<\/em> nous, comme s\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019int\u00e9ressant et de d\u00e9terminant <em>autour<\/em> de nous. Illusion et pr\u00e9tention de qui croit que tout commence avec lui\u2026 Pourtant, la plupart de mes camarades occitanistes trouveraient incongru, scandaleux et id\u00e9ologiquement douteux, qu\u2019une personne voulant faire sa vie au Maroc, par exemple, s\u2019abstienne d\u2019apprendre la langue du cru \u2013 arabe populaire et\/ou berb\u00e8re \u2013 et ne s\u2019adresse aux autochtones qu\u2019en arabe \u00e9gyptien ou en arabe dit \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, voire coranique<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>. Alors comment se fait-il qu\u2019une telle pratique, jug\u00e9e \u00e0 bon droit \u00e9litiste, et pour le moins inadapt\u00e9e, semble \u2013 aux m\u00eames \u2013 impossible au Maroc mais finalement possible ici, m\u00eame si elle s\u2019effectue la plupart du temps en toute inconscience<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0? Et comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le manque de vraie p\u00e9dagogie et de r\u00e9flexion, le manque d\u2019intelligence de situation, pour patents qu\u2019ils soient, n\u2019expliquent pas tout. Au fil des ann\u00e9es et d\u2019une r\u00e9guli\u00e8re observation des m\u0153urs langagi\u00e8res occitanistes<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, il appert que l\u2019av\u00e8nement progressif de cet occitan \u00ab\u00a0hors sol\u00a0\u00bb, coup\u00e9 du substrat populaire, correspond \u00e0 la mont\u00e9e en puissance \u2013 au sein de l\u2019occitanisme \u2013 d\u2019un imaginaire sociopolitique bien d\u00e9termin\u00e9, m\u00eame s\u2019il reste souvent inaper\u00e7u d\u2019un grand nombre de militants, faute de recul suffisant<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, et parce qu\u2019il n\u2019est pas toujours \u00e9vident, m\u00eame avec la meilleure volont\u00e9, d\u2019identifier la teneur de ce fameux \u00ab\u00a0air du temps\u00a0\u00bb que nous respirons bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 dans la vie et l\u2019action au jour le jour. \u00ab\u00a0Assez d\u2019actes, des mots\u00a0!\u00a0\u00bb disait Merleau-Ponty\u00a0: il est des moments o\u00f9 il faut savoir, en effet, se poser, sortir de l\u2019activisme, pour r\u00e9fl\u00e9chir dialogiquement \u00e0 ce que nous faisons, sommes et voulons \u00eatre. Il est donc temps d\u2019en venir \u00e0 l\u2019examen des soubassements id\u00e9ologiques de ces pratiques langagi\u00e8res qui m\u00e8neront notre combat \u00e0 la catastrophe si nous ne sortons pas de l\u2019illusion dogmatique\u00a0qu\u2019ils repr\u00e9sentent :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> l\u2019id\u00e9ologie sous-jacente<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Le concept qui me semble pouvoir englober et recouvrir les diff\u00e9rentes modalit\u00e9s id\u00e9ologiques qui se manifestent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 est celui de <em>puret\u00e9<\/em>. Une bonne part de l\u2019occitanisme actuel se replie \u2013 et cela d\u2019autant plus dangereusement que ce repli n\u2019est ni per\u00e7u comme tel ni th\u00e9matis\u00e9 \u2013 sur une autre forme d\u2019authenticit\u00e9 que celle que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9e plus haut. On l\u2019aura compris, en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019inauthenticit\u00e9 d\u2019une langue \u00e9labor\u00e9e <em>in vitro<\/em>, je revendiquais en creux l\u2019authenticit\u00e9 d\u2019une langue existant <em>in vivo<\/em>. Or pour bon nombre d\u2019entre nous la langue r\u00e9elle, encore vivante dans le peuple, n\u2019est pas la vraie langue\u00a0: seule compte la langue <em>telle qu\u2019elle devrait \u00eatre<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire telle que la Science linguistique ou la Litt\u00e9rature ou l\u2019Histoire paraissent la d\u00e9finir \u00e0 leurs yeux<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a>dans sa puret\u00e9 linguistique et\/ou originelle. Ce qui a pour cons\u00e9quence que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re enseigner ce qui devrait se dire plut\u00f4t que ce qui se dit. Il m\u2019a souvent \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de recueillir le t\u00e9moignage meurtri de locuteurs h\u00e9ritiers qui s\u2019\u00e9taient fait reprendre par un des jeunes <em>missi dominici <\/em>envoy\u00e9s dans les campagnes pour y r\u00e9pandre la Bonne Parole\u00a0linguistique :\u00a0\u00ab\u00a0Cal pas dire \u00ab\u00a0la f\u00f2rma\u00a0\u00bb, cal dire \u00ab\u00a0la forma\u00a0\u00bb\u2026 \u00bb<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Qui ne voit le caract\u00e8re pr\u00e9tentieux et repoussant d\u2019un tel pros\u00e9lytisme ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En fait, tout se passe comme si nous vivions imaginairement dans \u00ab\u00a0le monde comme si\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, qui correspond pratiquement \u00e0 la formule des math\u00e9maticiens\u00a0: \u00ab\u00a0Supposons le probl\u00e8me r\u00e9solu\u00a0\u00bb\u2026 Et, en effet, trop souvent l\u2019occitanisme se comporte comme si le probl\u00e8me \u00e9tait r\u00e9solu\u00a0: tout le monde, en ce pays, sait ce qu\u2019est l\u2019occitan, tout le monde a assimil\u00e9 que l\u2019oc et le patois c\u2019est la m\u00eame langue, tout le monde conna\u00eet l\u2019histoire, d\u00e9nonce le \u00ab\u00a0g\u00e9nocide culturel\u00a0\u00bb et demande la \u00ab\u00a0r\u00e9paration historique\u00a0\u00bb, comprend l\u2019adoption de la graphie des Troubadours modernis\u00e9e, ma\u00eetrise la probl\u00e9matique \u00ab\u00a0graphie normalis\u00e9e\/graphie mistralienne\u00a0\u00bb, veut la resocialisation de la langue, acquiesce \u00e0 la distinction dialecte\/langue standard, domine une terminologie occitaniste pas toujours \u00e9vidente et rarement neutre<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, et surtout\u00a0: tout le monde veut absolument qu\u2019on lui impose <em>La<\/em> <em>Norme<\/em>, seule et unique, pour sortir d\u2019une d\u00e9testable pluralit\u00e9 linguistique qui ne cesse d\u2019embarrasser tout le monde quand tout le monde veut s\u2019exprimer, \u00e0 l\u2019oral comme \u00e0 l\u2019\u00e9crit. D\u2019ailleurs, dans ce \u00ab\u00a0monde comme si\u00a0\u00bb, il y a une puissance publique occitaniste capable d\u2019imposer La Norme par voie acad\u00e9mique ou politique, cette Norme que tout le monde attend comme une d\u00e9livrance\u2026<\/p>\n<p>Or, quiconque veut bien sortir de ce r\u00eave \u00e9veill\u00e9 sait que ce n\u2019est pas vrai\u00a0: le probl\u00e8me n\u2019est pas r\u00e9solu, loin de l\u00e0, et il nous reste des ann\u00e9es et des ann\u00e9es de p\u00e9dagogie devant nous si nous voulons vraiment sortir des impasses et des malentendus cr\u00e9\u00e9s par l\u2019ignorance, l\u2019illusion, la peur et la caricature de l\u2019autre. Et il n\u2019est pas vrai non plus que \u00ab\u00a0tout le monde\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les gens\u00a0\u00bb, notamment les occitanophones \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb, souhaitent se rassurer, se dignifier et se normaliser par l\u2019adoption d\u2019une norme unique fonctionnant comme une koin\u00ea nationale occitane\u00a0: le peuple occitanophone ne manifeste aucune volont\u00e9 massive de transformer sa r\u00e9alit\u00e9 langagi\u00e8re vivante et fluctuante en artefact unitaire et rigide. Pourquoi\u00a0? Parce que ce peuple vit depuis des si\u00e8cles la pluralit\u00e9 linguistique, que c\u2019est elle qui est v\u00e9cue comme la normalit\u00e9 et pas le contraire. Cette pluralit\u00e9 n\u2019a d\u2019ailleurs jamais emp\u00each\u00e9 la transmission ni l\u2019expression, quelle qu\u2019en soit la modalit\u00e9, savante ou populaire<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Je vais m\u00eame plus loin\u00a0: si ce peuple, toujours de quelque part, donc toujours particulier, jamais homog\u00e8ne, ne demande qu\u2019\u00e0 parler l\u2019occitan de chez lui, par habitude et par attachement, il n\u2019en souhaite pas pour autant que l\u2019autre, le voisin, le limitrophe, le cantonal ou le r\u00e9gional, soit \u00ab\u00a0le m\u00eame\u00a0\u00bb, l\u2019identique. Tout au contraire\u00a0: il y a, certes, la pr\u00e9sence in\u00e9gal\u00e9e de la langue maternelle mais, en m\u00eame temps, la pr\u00e9sence reconnue et accept\u00e9e des autres modalit\u00e9s d\u2019\u00e9nonciation, et m\u00eame le <em>go\u00fbt<\/em><a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a> de cette proximit\u00e9 dans la diff\u00e9rence, de cette ressemblance dans la non-correspondance. \u00ab\u00a0Pas de Je sans Tu\u00a0\u00bb disait Martin Buber, et c\u2019est vrai \u00e9galement pour les pratiques langagi\u00e8res et culturelles\u00a0: pas d\u2019identit\u00e9 sans alt\u00e9rit\u00e9. Nous sommes l\u00e0 au c\u0153ur du processus dialectique de la pluralit\u00e9, au c\u0153ur de cette mosa\u00efque langagi\u00e8re qui manifeste \u2013 dans et par sa pratique m\u00eame \u2013 l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9quivocit\u00e9 chancelante du monde\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 Hannah Arendt<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. C\u2019est sans doute la plus int\u00e9ressante des conditions humaines\u00a0: cette chancelante \u00e9quivocit\u00e9, qui ne cesse d\u2019interroger et de mettre en mouvement et la langue maternelle et le monde, emp\u00eache la promotion imp\u00e9rialiste de l\u2019univoque, la transformation d\u2019une des modalit\u00e9s langagi\u00e8res possibles en <em>Essence<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en V\u00e9rit\u00e9 une et unique, \u00e9ternelle et obligatoire. Au fond, cette pluralit\u00e9 linguistique animant un m\u00eame territoire installe une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie langagi\u00e8re\u00a0: pas de hi\u00e9rarchie absolue ni de mod\u00e8le unitaire tout-puissant qui viendraient verrouiller les discours en les normalisant<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, la pluralit\u00e9 nous garde de \u00ab\u00a0la folie de l\u2019Un\u00a0\u00bb, pour reprendre la profonde formule de F\u00e9lix Castan.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas\u00a0: les variations langagi\u00e8res ne sont pas l\u2019anarchie, elles sont en interaction avec les r\u00e9currences, avec lesquelles elles font syst\u00e8me. Le rapport de la variation \u00e0 la r\u00e9currence n\u2019est pas celui du libre arbitre \u00e0 l\u2019obligation\u00a0: il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 de deux composantes indissociables du m\u00eame syst\u00e8me<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a> et toute langue humaine fonctionne sur cette interaction<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. La variation linguistique, c\u2019est la vie du langage. Elle nourrit, comme l\u2019affluent le fait pour un fleuve, une <em>norme d\u2019usage<\/em>, laquelle \u2013 toujours <em>pratiqu\u00e9e<\/em> implicitement d\u2019abord \u2013 m\u00e9conna\u00eet l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et le fixisme (que ce soit dans les prononciations, la syntaxe, le lexique et m\u00eame la morphologie) et ne saurait se confondre avec ce qui s\u2019oppose frontalement \u00e0 elle, \u00e0 savoir La Norme acad\u00e9mique, forme linguistique homog\u00e8ne et fixe, unique et \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb (parce que suppos\u00e9e purifi\u00e9e par l\u2019Histoire, ou la Litt\u00e9rature, ou la Religion<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, ou la Science, ou par tout cela \u00e0 la fois), toujours th\u00e9oriquement <em>explicit\u00e9e<\/em> d\u2019abord. Cette explicitation est, le plus souvent, en m\u00eame temps, une revendication h\u00e9g\u00e9monique, et pr\u00e9c\u00e8de \u2013 au moins dans l\u2019esprit de ses partisans \u2013 la tentative d\u2019une imposition. Elle est forc\u00e9ment <em>a posteriori <\/em>par rapport \u00e0 la norme d\u2019usage mais pr\u00e9tend s\u2019y substituer, en r\u00e9duisant la multiplicit\u00e9 \u00e0 l\u2019Un et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 au M\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire en oeuvrant de mani\u00e8re <em>totalitaire <\/em>contre la vie m\u00eame du langage, contre sa d\u00e9mocratie fonci\u00e8re. Or c\u2019est le moment que nous vivons actuellement dans l\u2019occitanisme\u00a0; le tr\u00e8s pragmatique et tr\u00e8s p\u00e9dagogique \u00ab\u00a0Use is meaning\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a>, cher aux anglo-saxons, recule devant la religion de La Norme, religion tr\u00e8s continentale et plus particuli\u00e8rement, comme l\u2019on sait, tr\u00e8s fran\u00e7aise<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a>\u00a0: il nous est abondamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que pour la communication extra-locale, l\u2019enseignement et les m\u00e9dias, il est mieux d\u2019avoir un occitan \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb ou une \u00ab\u00a0langue commune\u00a0\u00bb (quasiment le m\u00eame argument que celui qui a servi \u00e0 justifier l\u2019uniformisation perp\u00e9tr\u00e9e par l\u2019Ecole de la R\u00e9publique). Pourquoi est-ce mieux\u00a0? On ne sait pas trop, l\u2019argument est rarement d\u00e9velopp\u00e9, l\u2019on a affaire \u00e0 une id\u00e9ologie de l\u2019\u00e9vidence, en laquelle les v\u00e9rit\u00e9s ne se questionnent ni ne se contestent\u00a0: le besoin d\u2019une koin\u00e8 se fait jour, c\u2019est ce que reprend \u00e0 l\u2019envi la <em>doxa <\/em>occitaniste, alors \u00e0 quoi bon s\u2019interroger sur la r\u00e9alit\u00e9 de ce besoin (existe-t-il vraiment\u00a0? Si oui, de qui ou de quoi est-il le besoin\u00a0?), sur son bien-fond\u00e9 (faut-il y r\u00e9pondre\u00a0? Pourquoi\u00a0? Comment\u00a0?), sur notre capacit\u00e9 \u00e0 le combler, sur les cons\u00e9quences \u00e9ventuelles de sa satisfaction ou de sa non-satisfaction, etc.<\/p>\n<p>Toujours est-il que l\u2019on est en droit de se demander\u00a0: comment les occitanophones ont-ils donc fait pour s\u2019entendre avant l\u2019apparition de La Norme\u00a0? Comment avons-nous pu publier tant de revues pan-occitanes (Oc, Occitania N\u00f2va, Talv\u00e8ra, Gai Saber, Vida N\u00f2stra, Per Noste, Reclams, Leberaubre, Jorn, Aqu\u00f2 d\u2019aqu\u00ed, j\u2019en oublie et des meilleures) en nous passant de La Norme\u00a0? Et surtout\u00a0: comment avons-nous pu enseigner et transmettre, depuis quelques g\u00e9n\u00e9rations maintenant, sans ce r\u00e9f\u00e9rent supr\u00eame ? Enfin, comment comprendre l\u2019appel actuel \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement (artificiel) d\u2019une \u00ab\u00a0langue commune\u00a0\u00bb\u00a0? Nous n\u2019en n\u2019avions donc pas auparavant\u00a0? Les locuteurs du languedocien ne partageaient donc pas une langue commune avec les locuteurs du proven\u00e7al, du gascon, du limousin, de l\u2019auvergnat, du vivaro-alpin, etc.\u00a0? L\u2019absence de Norme absolue a-t-elle jamais emp\u00each\u00e9 le maintien et\/ou la r\u00e9appropriation de la langue, sa d\u00e9fense, son illustration, a-t-elle jamais emp\u00each\u00e9 l\u2019intercompr\u00e9hension, l\u2019expression, la diffusion et la cr\u00e9ation\u00a0? Bref, nous vivions dans le p\u00e9ch\u00e9, dans une esp\u00e8ce de paganisme d\u2019avant la Transcendance Unique, mais les grands pr\u00eatres de la Langue sont venus nous sauver des t\u00e9n\u00e8bres\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019aucuns trouveront sans doute d\u00e9plac\u00e9, exag\u00e9r\u00e9, l\u2019adjectif \u00ab\u00a0totalitaire\u00a0\u00bb avanc\u00e9 ci-dessus. Les tenants occitanistes de La Norme sont, bien \u00e9videmment, de gentils d\u00e9mocrates p\u00e9tris des meilleures intentions (sauver la langue-culture occitane)\u00a0: loin d\u2019eux la volont\u00e9 d\u2019acclimater des camps de r\u00e9\u00e9ducation linguistique \u00e0 nos latitudes temp\u00e9r\u00e9es, loin de moi toute vell\u00e9it\u00e9 de les en accuser\u00a0! Rappelons-nous pourtant que l\u2019adjectif <em>totalitario<\/em>, n\u00e9 au coeur du fascisme italien, sert d\u2019abord \u00e0 d\u00e9signer le d\u00e9sir d\u2019en finir avec le <em>frammentario<\/em>, le fragmentaire<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>, et \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 toutes celles et ceux qui \u00ab\u00a0du fait m\u00eame de leur mentalit\u00e9 sont dispos\u00e9s \u00e0 ne pas \u00eatre eux-m\u00eames, mais \u00e0 \u00eatre capables d\u2019accueillir la parole d\u2019autrui \u2013 <em>il verbo altrui.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. Il n\u2019est donc pas incongru de qualifier de totalitaire toute volont\u00e9 de r\u00e9duire par la force la diff\u00e9rence et le diff\u00e9rend, d\u2019instaurer par la contrainte le r\u00e8gne du M\u00eame, de l\u2019uniformit\u00e9<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Mais quelle force, me dira-t-on\u00a0? Quelle contrainte\u00a0? L\u2019occitanisme ne dispose d\u2019aucun organe de l\u00e9gislation ni de r\u00e9pression\u00a0! C\u2019est vrai, et vu la mentalit\u00e9 de commissaire politique, pardon\u00a0: linguistique, affich\u00e9e par certains d\u2019entre nous, l\u2019on ne peut que s\u2019en f\u00e9liciter\u2026 En fait, les choses se font, chez nous, en douce et en douceur\u00a0: point n\u2019est besoin de violences, l\u2019exclusion subreptice suffira. Et, en effet, il suffit d\u2019exclure sans le dire \u2013 des dictionnaires, des diverses publications, des discours radiophoniques et t\u00e9l\u00e9visuels \u2013 ce qui sera consid\u00e9r\u00e9 comme trop dialectal (mais en quoi cette pratique se distingue-t-elle alors de celle qui fut men\u00e9e pendant des si\u00e8cles par la si d\u00e9cri\u00e9e Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise\u00a0?), trop allog\u00e8ne (mais curieusement seuls les francismes \u2013 ou consid\u00e9r\u00e9s comme tels \u2013 font les frais de cette allergie-l\u00e0, on ne se formalise pas des catalanismes ou des hispanismes <em>de fait<\/em> qui nous sont impos\u00e9s ici ou l\u00e0, notamment sous couvert d\u2019\u00e9tymologie<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\">[41]<\/a>). En clair et en r\u00e9sum\u00e9\u00a0: il faut se d\u00e9barrasser de ce qui est trop populaire. C\u2019est que le peuple est peu fiable, tout contamin\u00e9 qu\u2019il est par le virus du fran\u00e7ais, c\u2019est-\u00e0-dire par le virus fran\u00e7ais, tout parasit\u00e9 qu\u2019il est par un conditionnement sociopolitique et culturel pluris\u00e9culaire qui le rend d\u00e9faillant et ignorant (la fameuse \u00ab\u00a0ali\u00e9nation\u00a0\u00bb, per\u00e7ue comme consubstantielle aux classes laborieuses et \u00e0 laquelle \u00e9chappent, bien s\u00fbr, les \u00e9lites \u00e9clair\u00e9es)\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette vision implicite du peuple et du populaire trahit le m\u00e9pris dans lesquels on les tient en fait<a href=\"#_ftn42\" name=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Ici encore, rien que de tr\u00e8s nouveau et de tr\u00e8s classique\u00a0: le peuple est le \u00ab\u00a0gros animal\u00a0\u00bb mena\u00e7ant, selon la formule de Platon, qu\u2019il faut savoir tenir d\u2019une main de fer (l\u2019Ancien R\u00e9gime) ou il est ce grand enfant qui ne sait pas et qu\u2019il convient d\u2019\u00e9duquer (la R\u00e9publique). Ainsi, vu comme un mat\u00e9riau plastique qu\u2019il faut, quoi qu\u2019il en soit, modeler au gr\u00e9 des imp\u00e9ratifs id\u00e9ologiques et\/ou des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9tatiques, le peuple \u2013 quantitativement majoritaire \u2013 n\u2019en est pas moins constamment per\u00e7u comme marqu\u00e9 par la minorit\u00e9\u00a0; pessimisme \u00e9thique sous-jacent\u00a0: \u00e0 la pl\u00e8be, incapable d\u2019autonomie et de lucidit\u00e9, il faut des tuteurs, des patriciens capables de la purger, quand besoin est, de ses passions mauvaises, y compris de ses humeurs langagi\u00e8res. Etrangement, les z\u00e9lateurs de cette prophylaxie linguistique ne semblent en rien g\u00ean\u00e9s par les gallicismes pouvant exister dans d\u2019autres langues latines\u00a0: que l\u2019hispanophone dise \u00ab\u00a0chantaje\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0coche\u00a0\u00bb, que le catalanophone dise \u00ab\u00a0xantatge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0croissant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0crupier\u00a0\u00bb, que le barcelonais puisse dire \u00ab\u00a0M\u00e8rci\u00a0\u00bb au lieu de \u00ab\u00a0Merc\u00e8s\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0Gr\u00e0cies\u00a0\u00bb, etc., tout cela leur para\u00eet relever des \u00e9changes interculturels \u00e9tablis par l\u2019Histoire et sera jug\u00e9 \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire in\u00e9vitable, et plut\u00f4t positif (les militants occitanistes sont en g\u00e9n\u00e9ral et en th\u00e9orie des partisans du m\u00e9tissage culturel). De m\u00eame ne s\u2019\u00e9tonneront-ils pas qu\u2019une langue aussi prestigieuse et mondialement r\u00e9pandue que l\u2019espagnol puisse ne pas conna\u00eetre La Norme, une et unique\u00a0: on peut y dire et \u00e9crire, en effet, \u00ab\u00a0periodo\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0per\u00edodo\u00a0\u00bb, pour ne prendre qu\u2019un exemple parmi bien d\u2019autres, et la question \u00ab\u00a0Y t\u00fa, \u00bfqu\u00e9 haces\u00a0?\u00a0\u00bb peut, dans cette langue, varier en \u00ab\u00a0Y vos, \u00bfqu\u00e9 hac\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb, et vice versa. D\u2019ailleurs, ils seront souvent capables de dire que la seconde formulation est \u00ab\u00a0en espagnol d\u2019Argentine\u00a0\u00bb et il ne leur viendrait jamais \u00e0 l\u2019esprit de parler de \u00ab\u00a0dialecte argentin\u00a0\u00bb. Que l\u2019espagnol, ou l\u2019italien, soit un et multiple \u00e0 la fois, que cette langue connaisse <em>normalement<\/em> la variation, la fluctuation, est pour eux une affaire entendue. On a l\u00e0 une attitude quasiment ph\u00e9nom\u00e9nologique\u00a0: on constate et d\u00e9crit ce qui est, plus exactement\u00a0: les ph\u00e9nom\u00e8nes, c\u2019est-\u00e0-dire les choses telles qu\u2019elles nous apparaissent. Mais cette attitude change d\u00e8s qu\u2019il est question de l\u2019occitan\u00a0: ce qui est bel et bon \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des fronti\u00e8res, et pour les autres, ne l\u2019est plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays et pour nous-m\u00eames<a href=\"#_ftn43\" name=\"_ftnref43\">[43]<\/a>. C\u2019est que l\u2019on touche l\u00e0 \u00e0 ce qui ressortit \u00e0 l\u2019identit\u00e9 propre et \u00e0 l\u2019image que l\u2019on se fait de soi. Or celles-ci ne sont apparemment pas v\u00e9cues positivement\u00a0: une grande partie de l\u2019occitanisme actuel n\u2019assume plus la fragmentation inh\u00e9rente au langage, cette variation qui en est le \u00ab\u00a0fait nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn44\" name=\"_ftnref44\">[44]<\/a> et dont les enfants prennent conscience d\u00e8s qu\u2019ils se frottent aux structures essentielles d\u2019une langue. D\u00e8s lors l\u2019on d\u00e9laisse la description ph\u00e9nom\u00e9nologie pour promouvoir avec force l\u2019id\u00e9alisme, la norme id\u00e9ale, et l\u2019acad\u00e9misme \u2013 qui n\u2019\u00e9tait jusque l\u00e0 qu\u2019une tentation permanente, pr\u00e9sente, par exemple, chez Alibert<a href=\"#_ftn45\" name=\"_ftnref45\">[45]<\/a> \u2013 est en passe de triompher. Cet acad\u00e9misme, \u00e0 la fois instrument et sympt\u00f4me, charrie tous les hypercorrectismes, les \u00e9tymologismes, les n\u00e9ologismes et les archa\u00efsmes qui, dans l\u2019occitanisme contemporain,\u00a0caract\u00e9risent nombre d\u2019\u00e9nonciations r\u00e9gies par un ind\u00e9niable <em>principe de plaisir <\/em>et sont autant d\u2019esquives, de fuites, par rapport \u00e0 un <em>principe de r\u00e9alit\u00e9 <\/em>(linguistique) actuellement affaibli : la langue <em>qui devrait \u00eatre <\/em>tend \u00e0 s\u2019imposer (h\u00e9las, pas seulement sur le mode imaginaire) \u00e0 la langue <em>qui est<\/em>, et ce qui n\u2019\u00e9tait jusque l\u00e0 que normalisation graphique se mue en normalisation linguistique<a href=\"#_ftn46\" name=\"_ftnref46\">[46]<\/a>\u2026 Soyons clairs\u00a0: il est normal que la Linguistique m\u00e8ne ses recherches et en fasse part. Cela n\u2019est absolument pas remis en cause ici\u00a0; ce qui l\u2019est c\u2019est la pr\u00e9tention d\u2019utiliser le savoir acquis \u00e0 des fins de dirigisme linguistique, lequel vise le r\u00e9tablissement d\u2019une mythique puret\u00e9 de la langue et la cons\u00e9cration (au moins symbolique) de la minorit\u00e9 ayant fait le choix du purisme. Or ce dirigisme a comme corr\u00e9lat l\u2019id\u00e9e implicite \u2013 et c\u2019est l\u00e0 un second constat de pessimisme \u00e9thique \u2013 que le langage populaire, ordinaire et impur, est sans avenir. Ce dernier serait la grande affaire des normalisateurs, de celles et ceux qui l\u00e9gif\u00e8rent au nom de la Science. Mais, nourri dans ma prime jeunesse \u00e0 la philosophie du soup\u00e7on, je ne puis me retenir de penser\u00a0: tout ce beau monde ne l\u00e9gif\u00e8re-il, en v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019au nom de la Science\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La d\u00e9fiance envers la pluralit\u00e9 de la langue-culture populaire, envers sa capacit\u00e9 cr\u00e9atrice, est tout sauf neutre. Pourtant, les faits sont l\u00e0<a href=\"#_ftn47\" name=\"_ftnref47\">[47]<\/a>\u00a0: de \u00ab\u00a0monsieur\u00a0\u00bb, par exemple, le peuple a fait \u00ab\u00a0mossur\u00a0\u00bb, puis les d\u00e9riv\u00e9s \u00ab\u00a0mossur\u00f2t\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mossuradas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mossuralhas\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mossurejar\u00a0\u00bb, etc. Pour remplacer cet affreux gallicisme, La Norme veut nous imposer \u00ab\u00a0S\u00e9nher\u00a0\u00bb que le peuple emploie exclusivement pour parler de Dieu ou \u00e0 Dieu (cf. \u00ab\u00a0N\u00f2stre S\u00e9nher\u00a0\u00bb). Pourquoi vouloir abolir cette v\u00e9rit\u00e9 linguistique et mentale <em>de fait <\/em>(la distinction et opposition \u00ab\u00a0mossur\/S\u00e9nher\u00a0\u00bb), v\u00e9rit\u00e9 qui a le m\u00e9rite d\u2019exister et de fonctionner, au profit d\u2019une \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb v\u00e9rit\u00e9 suppos\u00e9e <em>de droit<\/em> (l\u2019unique \u00ab\u00a0s\u00e9nher\u00a0\u00bb), porteuse de confusion (la d\u00e9signation de l\u2019homme = la d\u00e9signation de Dieu) et que personne ne comprendrait\u00a0? Comment ne pas voir que \u00e7a serait bouleverser une certaine vision du monde, vision que le discours instaure, que de d\u00e9signer un \u00eatre humain par un vocable depuis longtemps r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Dieu\u00a0? Serait-ce, pour le locuteur \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, h\u00e9ritier, le m\u00eame monde mental, la m\u00eame langue\u00a0? Et quel effet cela produirait-il sur lui d\u2019\u00eatre appel\u00e9 ainsi\u00a0par un n\u00e9o-locuteur? Ces questions ne sont pas d\u2019actualit\u00e9 pour le normalisateur\u00a0; pour lui, comme je l\u2019ai dit, l\u2019urgence est \u00e0 recoudre ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9chir\u00e9. Et \u00ab\u00a0S\u00e9nher\u00a0\u00bb a beaucoup de m\u00e9rites \u00e0 ses yeux, qui sont autant d\u2019enjeux id\u00e9ologiques\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; il renoue avec l\u2019Age d\u2019Or m\u00e9di\u00e9val, troubadouresque, et repr\u00e9sente une revanche symbolique sur l\u2019Histoire d\u2019apr\u00e8s la catastrophe\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 il appartient par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9crit le plus noble (pour le normalisateur, qui est un lettr\u00e9, l\u2019\u00e9crit est sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019oral<a href=\"#_ftn48\" name=\"_ftnref48\">[48]<\/a>)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 il s\u2019abr\u00e8ge en \u00ab\u00a0En\u00a0\u00bb &#8211; ce qui l\u2019identifie au catalan, idiome fr\u00e8re, noble, prestigieux, quasi \u00e9tatique, symbole de s\u00e9rieux et de r\u00e9ussite, sorte de double ultra-positif et d\u2019ange gardien de l\u2019occitan (l\u2019arrimage \u00e0 la Catalogne est lui aussi v\u00e9cu comme une revanche symbolique sur les vicissitudes de l\u2019Histoire<a href=\"#_ftn49\" name=\"_ftnref49\">[49]<\/a>)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 il ressemble \u00e0 \u00ab\u00a0senyor\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0se\u00f1or\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0signor\u00a0\u00bb, etc., ce qui le rapproche d\u2019autres langues latines et l\u2019\u00e9loigne du b\u00e2tard \u00ab\u00a0mossur\u00a0\u00bb, donc l\u2019\u00e9loigne du fran\u00e7ais\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans cet exemple, au fond, tout est dit\u00a0: il s\u2019agit bien de purifier la langue en supprimant au maximum ces effets n\u00e9fastes de l\u2019histoire que sont les francismes. O\u00f9 l\u2019on voit que, d\u2019une certaine fa\u00e7on, purifier la langue c\u2019est aussi purifier l\u2019Histoire, en la r\u00e9\u00e9crivant, en la jouant contre elle-m\u00eame. \u00ab\u00a0Mossur\u00a0\u00bb est un produit de l\u2019Histoire\u00a0? Qu\u2019importe, on ira chercher dans l\u2019Histoire de quoi effacer cette erreur de l\u2019Histoire<a href=\"#_ftn50\" name=\"_ftnref50\">[50]<\/a>\u00a0: il suffit de remonter aux origines, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00e9poque mythique d\u2019avant la France. Elle est l\u00e0, au fond, la puret\u00e9\u00a0: dans la non-France, l\u2019a-France, le hors-France, l\u2019anti-France, comme on voudra dire\u2026 Le mot occitan d\u2019origine fran\u00e7aise n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un vrai mot occitan mais comme une tache qu\u2019il convient d\u2019effacer. Ainsi la forme \u00ab\u00a0m\u00e8me\u00a0\u00bb sera-t-elle rejet\u00e9e, alors qu\u2019elle est utilis\u00e9e dans l\u2019inter-syst\u00e8me, c\u2019est-\u00e0-dire dans la langue parl\u00e9e majoritairement\u00a0; on optera pour \u00ab\u00a0meteis\u00a0\u00bb, pour l\u2019id\u00e9al <em>contre <\/em>la r\u00e9alit\u00e9, pour la puret\u00e9 transcendante <em>contre<\/em> l\u2019impuret\u00e9 immanente, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0: contre la copulation (historique) avec le fran\u00e7ais. Pauvret\u00e9 de l\u2019occitanisme quand il croit trouver son identit\u00e9 dans la rage qu\u2019il d\u00e9ploie contre la France et le fran\u00e7ais\u00a0! M\u00e9diocrit\u00e9 de l\u2019occitanisme quand il n\u2019est que r\u00e9actif, c\u2019est-\u00e0-dire n\u2019existe que <em>contre<\/em>, que \u00ab\u00a0par rapport \u00e0\u2026\u00a0\u00bb, non pas dans une <em>affirmation<\/em> positive et premi\u00e8re de soi mais dans une r\u00e9action r\u00e9flexe et non-r\u00e9flexive, seconde, \u00e0 l\u2019\u00e9pouvantail francimand\u00a0! Aveuglement de l\u2019occitanisme qui s\u2019inf\u00e9ode alors sans s\u2019en rendre compte au mod\u00e8le n\u00e9gatif tant honni, ne vit que par un combat qui le subordonne\u00a0! Errement de l\u2019occitanisme qui croit faire acte de libert\u00e9 au moment m\u00eame o\u00f9 il renonce de mani\u00e8re insue \u00e0 exister <em>pour soi<\/em> et s\u2019enferme dans une relation mortif\u00e8re, de type r\u00e9pulsion-fascination, <em>avec <\/em>ce qu\u2019il est cens\u00e9 rejeter (la souillure fran\u00e7aise) mais dont il a besoin, au final, pour tenir debout&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ironie de l\u2019histoire est que cet occitanisme du ressentiment ne peut vivre qu\u2019en mimant inconsciemment le pouvoir fran\u00e7ais\u00a0: l\u2019Occitanie a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des victimes du centralisme (monarchique puis r\u00e9publicain)\u00a0? L\u2019occitanisme veut se donner un occitan \u00ab\u00a0<em>central<\/em>\u00a0\u00bb (on en d\u00e9duit donc qu\u2019il y aura des occitans p\u00e9riph\u00e9riques, secondaires)\u00a0; elle a souffert de l\u2019uniformisation culturelle\u00a0? Il ne r\u00eave plus que d\u2019un occitan \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb (la standardisation, c\u2019est quoi exactement d\u00e9j\u00e0\u00a0?)\u00a0; elle a connu le corset de l\u2019acad\u00e9misme\u00a0? Il va chercher \u00e0 endiguer et assagir la vie du langage dans de tr\u00e8s s\u00e9rieuses Acad\u00e9mies<a href=\"#_ftn51\" name=\"_ftnref51\">[51]<\/a>\u00a0; elle porte les stigmates du m\u00e9pris de l\u2019\u00e9litisme fran\u00e7ais envers le peuple\u00a0? Il va produire certaines \u00e9lites locales et r\u00e9gionales qui, parlant \u2013 comme il se doit \u2013 au nom du peuple, inventeront le m\u00e9pris <em>soft <\/em>(par l\u2019indiff\u00e9rence, l\u2019\u00e9vitement, le contournement)\u00a0; elle a subi la hi\u00e9rarchisation des parlers et l\u2019essentialisation de La Langue inh\u00e9rentes \u00e0 la constitution de l\u2019Etat-Nation\u00a0? Il va reconduire cette hi\u00e9rarchie et cette essentialisation au sein m\u00eame de la langue minor\u00e9e qu\u2019il pr\u00e9tend d\u00e9fendre\u00a0: la position de cet occitanisme quant \u00e0 la question des \u00ab\u00a0dialectes\u00a0\u00bb me semble \u00e0 cet \u00e9gard tout \u00e0 fait parlante. La notion de dialecte fait partie, chez nous, de ce matelas d\u2019\u00e9vidences sur lequel repose une vision des choses amplement partag\u00e9e et ne faisant jamais l\u2019objet de la moindre remise en cause. Pourtant, l\u2019existence <em>en soi <\/em>du dialecte n\u2019est pas une \u00e9vidence. L\u2019occitanisme des ann\u00e9es 70 pr\u00e9sentait souvent \u2013 et \u00e0 juste titre \u2013 la langue comme \u00ab\u00a0un dialecte qui a r\u00e9ussi\u00a0\u00bb, ce qui sous-entendait qu\u2019il n\u2019y avait pas de diff\u00e9rence d\u2019essence entre langue et dialecte mais une distinction somme toute circonstancielle et toute relative \u2013 parce que politique. Il n\u2019en est plus de m\u00eame maintenant o\u00f9, m\u00eame sous la plume des plus \u00e9minents de nos linguistes, l\u2019on parle du dialecte comme s\u2019il avait une existence objective. Or cette derni\u00e8re est loin d\u2019\u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e, si l\u2019on en croit Ferdinand de Saussure lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Il est difficile de dire en quoi consiste la diff\u00e9rence entre une langue et un dialecte.\u00a0 Souvent un dialecte porte le nom de langue parce qu\u2019il a produit une litt\u00e9rature\u00a0; c\u2019est le cas du portugais et du hollandais.<a href=\"#_ftn52\" name=\"_ftnref52\">[52]<\/a>\u00a0\u00bb. On croirait entendre parler un gauchiste de l\u2019apr\u00e8s 68, tant son propos d\u00e9tonne par rapport au dogmatisme qui domine en notre saison\u00a0: \u00ab\u00a0Les idiomes qui ne divergent qu\u2019\u00e0 un tr\u00e8s faible degr\u00e9 sont appel\u00e9s <em>dialectes\u00a0<\/em>; mais il ne faut pas donner \u00e0 ce terme un sens rigoureusement exact\u00a0; nous verrons (\u2026) qu\u2019il y a entre les dialectes et les langues une diff\u00e9rence de quantit\u00e9, non de nature.\u00a0\u00bb. Les divergences dont il parle sont simplement les variations ou fluctuations, g\u00e9ographiques et\/ou sociales, que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment \u00e0 maintes reprises. Pour lui, c\u2019est la diff\u00e9rence dans la <em>quantit\u00e9<\/em> de divergences qui fait la diff\u00e9rence entre le dialecte et la langue. Celle-ci est donc alors logiquement beaucoup moins marqu\u00e9e par la variation \u00e9nonciative et conna\u00eet une unit\u00e9 formelle du code\u00a0: elle est norm\u00e9e, standardis\u00e9e\u00a0; en cela, elle est consid\u00e9r\u00e9e comme plus \u00ab\u00a0commune\u00a0\u00bb et peut \u00eatre le v\u00e9hicule, entre autres, de la litt\u00e9rature et de l\u2019administration. C\u2019est aussi ce que nous dit n\u2019importe quel dictionnaire basique de linguistique<a href=\"#_ftn53\" name=\"_ftnref53\">[53]<\/a>. Mais dans le cas qui nous occupe (l\u2019occitan), et puisqu\u2019il y a apparemment une solidarit\u00e9 n\u00e9cessaire entre la langue et le dialecte<a href=\"#_ftn54\" name=\"_ftnref54\">[54]<\/a>, si le languedocien, le gascon, le proven\u00e7al, le limousin, l\u2019auvergnat, le vivaro-alpin, etc., sont des dialectes occitans ou des dialectes <em>de<\/em> l\u2019occitan (comme il est coutume de dire), alors o\u00f9 est l\u2019occitan\u00a0? O\u00f9 est l\u2019occitan <em>proprement dit\u00a0<\/em>? O\u00f9 est-il en tant que langue existant et fonctionnant \u00e0 part de ses dialectes\u00a0? O\u00f9 est-il en tant qu\u2019idiome r\u00e9ellement existant et donc comme r\u00e9f\u00e9rence par rapport \u00e0 laquelle se d\u00e9tacheraient ses dialectes\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019occitan est nulle part ailleurs que dans cette pluralit\u00e9 linguistique pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019oral comme \u00e0 l\u2019\u00e9crit sur son territoire historique. Je parle languedocien, gascon, limousin, proven\u00e7al, auvergnat, vivaro-alpin, etc., alors je parle l\u2019occitan, c\u2019est-\u00e0-dire obligatoirement <em>un <\/em>occitan, et non pas un dialecte (de l\u2019) occitan\u00a0; alors je parle une langue dans une de ses modalit\u00e9s g\u00e9ographiques et\/ou sociales car, \u00eatre de situation, je ne peux parler qu\u2019une langue en situation. En r\u00e9alit\u00e9, je ne peux pas parler <em>la<\/em> Langue, parce que c\u2019est une abstraction\u00a0; je parle <em>une<\/em> certaine langue, une langue toujours particuli\u00e8re, toujours singuli\u00e8re m\u00eame\u00a0: la mienne. C\u2019est cela qui discourt et pas autre chose. En r\u00e9alit\u00e9, le dialecte est une vue de l\u2019esprit du linguiste<a href=\"#_ftn55\" name=\"_ftnref55\">[55]<\/a>, au mieux c\u2019est un concept op\u00e9ratoire, c\u2019est-\u00e0-dire une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui lui permet de travailler, en l\u2019occurrence\u00a0: d\u2019analyser (de s\u00e9parer, distinguer) les divers composants d\u2019une seule et m\u00eame langue. Mais l\u2019on peut tr\u00e8s bien sortir de cette approche scientifique, c\u2019est-\u00e0-dire <em>abstraite <\/em>(n\u2019ayant de r\u00e9alit\u00e9 que mentale, d\u00e9tach\u00e9e du v\u00e9cu qu\u2019elle \u00e9tudie et toujours seconde par rapport \u00e0 lui), et cesser de confondre la carte et le territoire. Si l\u2019on opte pour le territoire, on renoue avec une approche ph\u00e9nom\u00e9nologique des choses, avec l\u2019exp\u00e9rience que nous avons du monde, exp\u00e9rience qui pour \u00eatre famili\u00e8re n\u2019en est pas moins vraie \u2013 sur un autre plan \u2013 que l\u2019examen ou l\u2019exp\u00e9rimentation scientifique, et qui a l\u2019avantage sur eux d\u2019\u00eatre premi\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire fondamentale et originaire. C\u2019est cette approche qui anime le regard p\u00e9n\u00e9trant d\u2019un Thomas d\u2019Aquin, puis d\u2019un Nicolas de Lyre, dont le t\u00e9moignage, aux XIII<sup>e<\/sup> et XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, me para\u00eet mieux rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 linguistique que bien des analyses \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb du scientisme contemporain<a href=\"#_ftn56\" name=\"_ftnref56\">[56]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans une m\u00eame langue [<em>lingua<\/em>] on trouve diverses fa\u00e7ons de parler [<em>diversa locutio<\/em>], comme il appara\u00eet en fran\u00e7ais [parler de l\u2019\u00cele de France], en picard, et en bourguignon\u00a0; pourtant il s\u2019agit d\u2019une m\u00eame langue [<em>loquela<\/em>].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Bien que la langue fran\u00e7aise soit une, ceux qui sont de Picardie la parlent diff\u00e9remment de ceux qui habitent Paris\u00a0; et par cette diversit\u00e9 [<em>varietas<\/em> en latin], on peut percevoir d\u2019o\u00f9 quelqu\u2019un vient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Arr\u00eatons donc de consid\u00e9rer l\u2019occitan comme une forme supra-dialectale, alors qu\u2019il ne se tient pas en dehors de ces modalit\u00e9s que l\u2019on ne cesse de pr\u00e9senter comme des dialectes, ce qu\u2019elles ne sont pas. Elles sont le r\u00e9el m\u00eame de la langue \u2013 son inh\u00e9rence, sa consistance \u2013 pas des ext\u00e9riorit\u00e9s ou des excroissances. Il faut rompre salutairement avec un sch\u00e9ma tr\u00e8s fran\u00e7ais, au sens o\u00f9 il nous est l\u00e9gu\u00e9 par l\u2019histoire de la France\u00a0: celui de la hi\u00e9rarchisation des idiomes, donc des individus et des peuples qui les parlent. Sait-on que \u00ab\u00a0C\u2019est Ronsard qui emploie le premier le mot <em>dialecte <\/em>pour d\u00e9signer le parler du Vend\u00f4mois, sa r\u00e9gion d\u2019origine, sans doute parce que le mot <em>patois<\/em> \u00e9tait trop p\u00e9joratif.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn57\" name=\"_ftnref57\">[57]<\/a>\u00a0? Ce mot savant fonctionne donc, d\u00e8s le d\u00e9part, comme un cache-sexe\u00a0: l\u2019organe honteux et puant qu\u2019il faut occulter, c\u2019est le patois. Et c\u2019est sur ce rejet linguistique-l\u00e0, rejet g\u00e9ographique <em>et <\/em>social, que s\u2019est construit au fil des si\u00e8cles l\u2019\u00e9litisme culturel fran\u00e7ais\u2026<\/p>\n<p>Est-ce ce sch\u00e9ma que nous d\u00e9sirons reproduire inconsciemment avec ce fantasme de \u00ab\u00a0l\u2019occitan standard\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0langue commune\u00a0\u00bb, de la koin\u00e8 salvatrice<a href=\"#_ftn58\" name=\"_ftnref58\">[58]<\/a> qui viendrait tout \u00e0 la fois chapeauter et d\u00e9passer les \u00ab\u00a0dialectes\u00a0\u00bb\u00a0? Est-ce ce sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique, \u00e9litiste, que nous voulons continuer \u00e0 envoyer comme signal d\u2019avenir aux locuteurs h\u00e9ritiers (et aux autres)\u00a0? Car il ne faut pas se raconter d\u2019histoires, le mot \u00ab\u00a0dialecte\u00a0\u00bb n\u2019est jamais neutre, il est toujours connot\u00e9 p\u00e9jorativement, y compris quand il est utilis\u00e9 dans le cadre de la science\u00a0: le dialecte est pens\u00e9 comme exclu de certaines fonctions linguistiques \u00e0 cause de sa pr\u00e9tendue port\u00e9e limit\u00e9e et d\u2019une inscription dans le registre \u00e9crit jug\u00e9e faible. Il est donc per\u00e7u comme rustique, voire rudimentaire, culturellement inf\u00e9rieur, restreint, sans statut enviable. Bref, le \u00ab\u00a0dialecte\u00a0\u00bb ce n\u2019est gu\u00e8re mieux que le patois\u00a0; et c\u2019est l\u2019irrespirable, l\u2019insupportable, pour qui r\u00eave de reconnaissance, de prestige, d\u2019ascension sociale et \u2026 d\u2019identit\u00e9 pure. Il repr\u00e9sente en effet l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur m\u00eame de la langue, c\u2019est-\u00e0-dire de ce qui est per\u00e7u comme facteur primordial d\u2019identit\u00e9. Or comment ne pas voir, \u00e0 ce stade, que la volont\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e de d\u00e9passer cette alt\u00e9rit\u00e9, laquelle ne cesse de se manifester dans la pluralit\u00e9 langagi\u00e8re effective, cache mal le d\u00e9sir fantasmatique de se d\u00e9barrasser de la langue elle-m\u00eame, de la langue telle qu\u2019elle vit, trop impure, pour s\u2019en donner une meilleure\u00a0: unie, homog\u00e8ne, donc objet d\u2019une plus grande fiert\u00e9 jouissive\u00a0? \u00a0Je le disais pr\u00e9c\u00e9demment\u00a0: tout un pan de l\u2019occitanisme actuel ne peut plus assumer l\u2019image \u2013 \u00e0 ses yeux n\u00e9gative \u2013 que semble lui renvoyer la diff\u00e9rence interne propre \u00e0 notre langue-culture. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui explique qu\u2019il puisse ringardiser et provincialiser un peu plus celles et ceux qui s\u2019obstinent \u00e0 rester fid\u00e8les \u00e0 <em>la vi\u00e8lha que v\u00f2l pas crebar<\/em><a href=\"#_ftn59\" name=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la langue r\u00e9elle, en leur faisant savoir qu\u2019ils se perdent dans un usage linguistique subalterne<a href=\"#_ftn60\" name=\"_ftnref60\">[60]<\/a> et qu\u2019il conviendrait \u2013 pour en finir avec cette honteuse condition-l\u00e0 \u2013 qu\u2019ils s\u2019assujettissent \u00e0 un usage sup\u00e9rieur, moderne, celui de La Langue, la seule, la vraie.<\/p>\n<p>Cependant, nos pr\u00e9tendus \u00ab\u00a0dialectes\u00a0\u00bb n\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 des idiomes administratifs et\/ou scientifiques, ici ou l\u00e0, dans un pass\u00e9 lointain\u00a0? Ne sont-ils pas depuis des ann\u00e9es et des ann\u00e9es langues enseign\u00e9es et enseignantes\u00a0? Surtout\u00a0: ne sont-ils pas porteurs d\u2019une immense litt\u00e9rature, \u00e0 la fois savante et populaire, des Troubadours \u00e0 nos jours\u00a0? Et si koin\u00e8 il doit y avoir, quel est ce manque de confiance en nous, et en la force du langage, qui ne nous permet pas d\u2019envisager que cette vari\u00e9t\u00e9 nouvelle de la langue puisse na\u00eetre \u2013 non pas de l\u2019artefact \u2013 mais du commerce d\u2019autres vari\u00e9t\u00e9s de la m\u00eame langue entre elles\u00a0? C\u2019est pourtant de leur combinaison dans une situation de contact permanent qu\u2019\u00e9mergera \u00e9ventuellement cette nouvelle vari\u00e9t\u00e9 linguistique. Mais cette \u00ab\u00a0koin\u00e8sation\u00a0\u00bb ne se fera que si chacun ou chacune a la possibilit\u00e9 de pratiquer de mani\u00e8re libre et d\u00e9complex\u00e9e la ou les variantes dont il a l\u2019habitude\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le moment occitaniste que nous vivons, celui qui se projette d\u00e9j\u00e0, au-del\u00e0 de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 langagi\u00e8re pr\u00e9sente, dans un futur linguistique homog\u00e8ne et conforme, d\u00e9barrass\u00e9 du boulet dialectal, me renvoie irr\u00e9sistiblement \u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et \u00e0 son double sch\u00e9ma de n\u00e9gation culturelle du peuple\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>sous l\u2019Ancien R\u00e9gime d\u2019abord, pour des raisons de prestige, de distinction sociale, les \u00e9lites fran\u00e7aises vont rel\u00e9guer les parlers populaires dans les marges\u00a0: elles les comprennent, mais ne se commettent plus officiellement avec le langage ouvrier ou paysan. C\u2019est par le haut que s\u2019efface et se nie la diff\u00e9rence culturelle interne au pays. Fid\u00e8les \u00e0 Vaugelas, les \u00e9lites consid\u00e8rent l\u2019usage du patois comme un stigmate social incompatible avec \u00ab\u00a0le bon usage\u00a0\u00bb. L\u2019Etat, qui a fort \u00e0 faire avec l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociale, a \u00e9tabli l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de son administration. Et l\u2019on con\u00e7oit de moins en moins facilement la nation comme une entit\u00e9 impure\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>sous la R\u00e9volution ensuite, qui veut inventer un monde nouveau et une nouvelle langue pour des id\u00e9es nouvelles, mais ne va finalement rien changer \u00e0 ce m\u00e9pris et \u00e0 cette m\u00e9prise culturels, au contraire\u00a0: pour les nouvelles \u00e9lites, le patois devient un obstacle passif ou une r\u00e9sistance active \u00e0 la libert\u00e9 qui s\u2019est mise en route. L\u2019Abb\u00e9 Gr\u00e9goire croit que les patois ne sont pas des langues, que leur grossi\u00e8ret\u00e9 incline au fanatisme et ne peut exprimer ni l\u2019abstraction, ni l\u2019universel, ni la fraternit\u00e9. La R\u00e9publique confond unit\u00e9 nationale et homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle, \u00e9galit\u00e9 politique et uniformisation linguistique, et des d\u00e9cennies d\u2019instruction scolaire feront le reste\u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La <em>doxa <\/em>bien-pensante consid\u00e8re que la France r\u00e9publicaine s\u2019est ainsi donn\u00e9 les moyens d\u2019inventer un <em>demos<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un peuple au sens politique, un corps de citoyens\u00a0; ce n\u2019est \u00e9videmment pas faux mais c\u2019est ne voir que la moiti\u00e9 des choses,\u00a0car l\u2019invention de ce <em>demos <\/em>s\u2019appuie incontestablement sur l\u2019invention d\u2019un <em>ethnos<\/em>, un peuple au sens ethnique, un groupement humain caract\u00e9ris\u00e9 principalement par une m\u00eame culture, une m\u00eame langue. Mais, me dira-t-on, quel rapport entre ces \u00e9lites fran\u00e7aises du XVIII<sup>e<\/sup> et certaines \u00e9lites occitanistes actuelles\u00a0? Pourquoi ce parall\u00e8le entre des p\u00e9riodes historiques si dissemblables, entre des pratiques en apparence si oppos\u00e9es\u00a0? \u00a0L\u2019occitanisme n\u2019est-il pas l\u2019autre de l\u2019\u00e9litisme fran\u00e7ais, son oppos\u00e9\u00a0? N\u2019est-il pas l\u2019antidote absolu \u00e0 toute politique uniformisatrice h\u00e9g\u00e9monique, \u00e0 toute n\u00e9gation de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de la pluralit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le rapport est le suivant\u00a0: j\u2019\u00e9mets l\u2019hypoth\u00e8se que nous sommes toujours collectivement et inconsciemment tent\u00e9s de reproduire, \u00e0 notre \u00e9chelle, dans notre sph\u00e8re, et dans les circonstances particuli\u00e8res que nous vivons, le sch\u00e9ma politico-culturel appliqu\u00e9 par le pouvoir fran\u00e7ais \u00e0 la fin du Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Non pas \u00e0 cause d\u2019un go\u00fbt immod\u00e9r\u00e9 pour le XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, bien s\u00fbr, mais parce que ce double sch\u00e9ma \u2013 fondateur \u2013 nous hante, parce que sa logique nous d\u00e9termine, m\u00eame si c\u2019est sur un mode n\u00e9gatif, m\u00eame si c\u2019est \u00ab\u00a0en creux\u00a0\u00bb\u00a0; parce que nous restons d\u00e9pendants de ce que nous combattons et que, \u00e0 l\u2019image du colonis\u00e9 qui s\u2019empresse de mimer son ex-oppresseur d\u00e8s qu\u2019il a recouvr\u00e9 sa libert\u00e9, nous ne pouvons nous emp\u00eacher de r\u00e9p\u00e9ter implicitement un sch\u00e9ma qui est finalement le seul que nous connaissions et qui nous appara\u00eet confus\u00e9ment comme un recours \u00e0 la crise\u00a0: celle, prot\u00e9iforme, que vit notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0; et celle que vit l\u2019occitanisme, confront\u00e9 \u00e0 la disparition programm\u00e9e des derniers locuteurs occitanophones \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb, aux derniers souffles d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 paysanne qui repr\u00e9sentait un v\u00e9ritable vivier culturel, \u00e0 la francisation massive, au pi\u00e9tinement de l\u2019occitanisme politique, aux difficult\u00e9s et aux succ\u00e8s mitig\u00e9s de l\u2019occitanisme culturel et d\u2019une reconqu\u00eate des esprits et des c\u0153urs qui arrive difficilement \u00e0 d\u00e9passer le stade du symbolique\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce double sch\u00e9ma occitaniste actuel, je le qualifie de <em>nationaliste,<\/em> sans aucune intention p\u00e9jorative<a href=\"#_ftn61\" name=\"_ftnref61\">[61]<\/a>. Il est\u00a0le pendant du nationalisme fran\u00e7ais, malgr\u00e9 une dissym\u00e9trie \u00e9vidente. Apr\u00e8s le moment de gauche que furent les ann\u00e9es 70 et 80, s\u2019installe, \u00e0 petits pas d\u2019abord, puis d\u2019une foul\u00e9e plus d\u00e9cid\u00e9e, le moment nationaliste qui gagne en importance dor\u00e9navant<a href=\"#_ftn62\" name=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. Il me faut ici, pour mieux \u00e9clairer la suite de mon propos, mettre ces deux moments \u2013 le gauchiste, puis le nationaliste \u2013 en perspective\u00a0; une comparaison globale de ces deux moments s\u2019impose si l\u2019on veut comprendre d\u2019o\u00f9 proc\u00e8de le double sch\u00e9ma nationaliste caract\u00e9risant l\u2019\u00e9poque que nous vivons (et j\u2019ai bien conscience que cette comparaison rapide trouvera toujours ses exceptions)\u00a0:<\/p>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<ul>\n<li><u>le moment de gauche<\/u>: que demande globalement l\u2019occitanisme de l\u2019apr\u00e8s-guerre, en grande partie issu de la R\u00e9sistance et\/ou de son esprit \u00a0? Moins de R\u00e9publique, plus de d\u00e9mocratie effective. Celle-ci passe par les luttes pour l\u2019\u00e9mancipation, donc la r\u00e9habilitation, du pays r\u00e9el et de son peuple\u00a0: les classes laborieuses (mineurs, viticulteurs, Larzac, etc.). Le mot d\u2019ordre est \u00ab\u00a0<em>Autonomia\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb mais l\u2019autonomie dont nous r\u00eavons, au fond, c\u2019est l\u2019autogestion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, le principe de subsidiarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, un d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e9quilibr\u00e9 pour le pays, l\u2019autonomie telle que Castoriadis la th\u00e9orise, pas l\u2019ind\u00e9pendance sur des bases ethniques (Fontan et son P. N. O. restent \u00e0 la marge). Une affichette proclame\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Los borgeses mespresan la lenga del p\u00f2ble. Parlar occitan es un acte revolucionari\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb. Elle dit beaucoup\u00a0: l\u2019illusion lyrique (si parler occitan est vraiment un acte r\u00e9volutionnaire, alors les campagnes regorgent de dangereux bolch\u00e9viques\u00a0!), mais surtout la volont\u00e9 d\u2019en finir avec le m\u00e9pris dont la langue du peuple est l\u2019objet de la part des \u00e9lites. L\u2019occitan est d\u00e9fendu, revendiqu\u00e9, en tant qu\u2019il est la langue du peuple. Quand Mart\u00ed chante \u00ab\u00a0<em>Occitania saluda Cuba\u00a0\u00bb<\/em>, l\u2019Occitanie dont il parle c\u2019est le peuple \u00ab\u00a0<em>que parla coma un torrent<\/em>\u00a0\u00bb, sa dignit\u00e9, sa libert\u00e9. Quand il chante sa terre, ce n\u2019est pas du mythique terroir des F\u00e9libres dont il s\u2019agit mais d\u2019un pays qui subit l\u2019exode rural, la mise en d\u00e9sert de r\u00e9gions enti\u00e8res, le tourisme de masse, l\u2019exploitation \u00e9hont\u00e9e, la pollution, la d\u00e9culturation, etc. Aucun chauvinisme interclassiste dans tout cela, la \u00ab\u00a0<em>nacion<\/em>\u00a0\u00bb c\u2019est d\u2019abord le peuple des petits qui souffrent, on parle de \u00ab<em>\u00a0socialisme\u00a0<\/em>\u00bb, J\u00f2rdi Blanc traduit et publie en occitan<em> Lo Manif\u00e8st del Partit Comunista<\/em> de Marx et Engels<a href=\"#_ftn63\" name=\"_ftnref63\">[63]<\/a>, et la \u00ab\u00a0<em>descolonizacion<\/em>\u00a0\u00bb que l\u2019on appelle de ses v\u0153ux tient plus du bouleversement des mentalit\u00e9s, des pratiques et des structures traditionnelles que de l\u2019arrachement s\u00e9cessionniste. Bref, comme l\u2019\u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e9poque Roland P\u00e9cout, l\u2019Occitanie \u00ab\u00a0(\u2026) est le nom que nous donnons, dans ce coin d\u2019Europe, et \u00e0 partir d\u2019une situation donn\u00e9e, \u00e0 l\u2019aventure des hommes pour en finir avec le vieux monde.\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn64\" name=\"_ftnref64\">[64]<\/a>. Cet occitanisme qui se voulait \u00ab\u00a0de classe\u00a0\u00bb est sans doute critiquable sur bien des points, \u00e0 commencer par sa rh\u00e9torique tiers-mondiste, mais il est quelque chose que l\u2019on ne peut lui enlever\u00a0: sa r\u00e9f\u00e9rence constante au peuple comme centralit\u00e9 de son combat, dans un souci permanent d\u2019identifier lutte pour l\u2019occitan et d\u00e9fense des classes populaires. Il a compris, malgr\u00e9 toutes les mythifications et les erreurs tactiques qu\u2019il peut produire par ailleurs, que les al\u00e9as de l\u2019Histoire ne permettent pas \u00e0 l\u2019occitanisme contemporain de se dissocier de ces petites gens qui portent encore la langue-culture d\u2019Oc. Pour ce moment-l\u00e0, le sacr\u00e9 et le l\u00e9gitime, c\u2019est le peuple\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><u>le moment nationaliste<\/u>\u00a0: nous y sommes, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas th\u00e9matis\u00e9 comme tel. Je ne veux pas dire que l\u2019immense majorit\u00e9 des occitanistes actuels s\u2019est affili\u00e9e au <em>Parti<\/em> <em>de la Nation Occitane<\/em> ou se proclame spontan\u00e9ment nationaliste en toute connaissance de cause. Je veux dire que, pour cet occitanisme-l\u00e0, le sacr\u00e9 ce n\u2019est plus le peuple et que le mot <em>nacion<\/em> n\u2019a plus la connotation sociale, de classe, qu\u2019il avait pr\u00e9c\u00e9demment. Ce mot a d\u00e9sormais une valeur plus classique\u00a0: il s\u2019agit certes toujours d\u2019un groupement humain d\u00e9termin\u00e9 par un territoire, une langue, une culture, une histoire, mais ce groupe n\u2019est plus identifi\u00e9 aux classes laborieuses, il a une connotation large, interclassiste ou d\u00e9passant m\u00eame la probl\u00e9matique classiste, voire niant l\u2019id\u00e9e que la lutte des classes soit d\u00e9terminante dans la vie des hommes. Ce qui est mis d\u00e9sormais en avant c\u2019est la vision d\u2019une communaut\u00e9 historique unie autour de sa langue, sa culture, ses traditions, ses souvenirs (traumatiques ou heureux), son patrimoine, son g\u00e9nie, ses valeurs sp\u00e9cifiques\u00a0: on remonte du Moyen \u00c2ge les concepts de <em>j\u00f2i<\/em>, <em>paratge<\/em>, <em>conviv\u00e9ncia<\/em>, <em>merc\u00e9<\/em>, etc., pour les recycler selon les besoins du temps. Monts\u00e9gur est toujours un symbole de libert\u00e9, de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression, mais tout autant celui d\u2019une <em>civilisation<\/em>. Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit\u00a0: l\u2019Occitanie est avant tout per\u00e7ue comme une civilisation, c\u2019est-\u00e0-dire une continuit\u00e9 historique, une culture et une spiritualit\u00e9 durables et \u00e0 part, une nation en puissance, en devenir permanent<a href=\"#_ftn65\" name=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. Ce sentiment s\u2019exacerbe d\u2019autant plus que nous nous identifions davantage encore \u00e0 la Catalogne\u00a0: au \u00ab\u00a0Som una naci\u00f3\u00a0!\u00a0\u00bb catalan r\u00e9pond en \u00e9cho notre mim\u00e9tique \u00ab\u00a0S\u00e8m e serem\u00a0!\u00a0\u00bb. L\u2019Occitanie est pens\u00e9e maintenant comme une identit\u00e9 transhistorique constitu\u00e9e de longue date (un <em>ethnos<\/em> que certains font remonter \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9<a href=\"#_ftn66\" name=\"_ftnref66\">[66]<\/a>) qui a besoin d\u2019une inscription culturelle, mais aussi politique, dans les faits. Le transfrontali\u00e9risme europ\u00e9en para\u00eet lui donner une chance de s\u2019affirmer en \u00e9chappant au corset hexagonal. Le hic de l\u2019affaire, c\u2019est le peuple. Cet occitanisme a beau manifester que son nationalisme est ouvert, humaniste, le contraire d\u2019une crispation identitaire, d\u2019une fermeture \u00e0 l\u2019autre, le peuple n\u2019est pas vraiment au rendez-vous. Il veut bien \u00eatre occitanophone, voire culturellement occitaniste, sympathisant de la cause culturelle, mais ne se revendique pas massivement occitan. Il n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 troquer sa carte d\u2019identit\u00e9 fran\u00e7aise pour une carte d\u2019identit\u00e9 occitane, f\u00fbt-elle symbolique. Il tient \u00e0 l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain mais ne veut pas qu\u2019on lui refasse le coup de l\u2019identit\u00e9 unique et univoque. Il semble se contenter d\u2019une pluralit\u00e9 de fait et a par ailleurs beaucoup d\u2019autres chats \u00e0 fouetter. Comme le dit Claude Sicre\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le peuple ne veut pas un monde, il veut des mondes \u00bb \u2026<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est donc parce que le peuple est jug\u00e9 d\u00e9faillant par rapport \u00e0 cette <em>Occitaniae perennis<\/em>, par rapport \u00e0 cette <em>nacion<\/em> plus que mill\u00e9naire \u2013 culturellement d\u00e9faillant (sa langue est impure) et politiquement d\u00e9faillant (il persiste \u00e0 se sentir fran\u00e7ais, malgr\u00e9 tout) \u2013 que les tenants du nationalisme <em>soft<\/em> vont opter pour deux attitudes fondamentales par rapport \u00e0 lui. O\u00f9 l\u2019on retrouve le double sch\u00e9ma caract\u00e9risant les \u00e9lites fran\u00e7aises de la fin du XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><u>la tentation du M\u00eame<\/u>: c\u2019est la version Ancien r\u00e9gime, le repli sur le pr\u00e9 carr\u00e9 du litt\u00e9raire, de la belle langue prestigieuse, du plaisir de l\u2019entre-soi\u00a0: on n\u2019\u00e9crit plus pour le peuple mais pour soi et pour ses pairs, dans une langue d\u2019Oc de laboratoire qui n\u2019a plus rien de populaire ni de pluriel, ce dont justement on s\u2019enorgueillit (plus question de se commettre avec le paysan, l\u2019employ\u00e9, l\u2019ouvrier, etc., qui de toutes les fa\u00e7ons s\u2019en fichent). Cet \u00e9litisme peut \u00eatre involontaire ou pas, c\u2019est selon, et il permet de multiples distinctions\u00a0: par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9lite francophone, par rapport au militant occitaniste de base, enfin par rapport au peuple. On est l\u00e0 dans la puret\u00e9 de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sociologique mais aussi culturelle et linguistique\u00a0: la langue est d\u00e9sormais sans scories dialectales et le parler ordinaire est banni. Le \u00ab\u00a0dialecte\u00a0\u00bb peut survivre \u00e0 titre de curiosit\u00e9 ethnologique, objet d\u2019une curiosit\u00e9 passag\u00e8re. C\u2019est enfin l\u2019av\u00e8nement de La Langue, comme divinit\u00e9, royaume immat\u00e9riel, immacul\u00e9e conception pour jouissance en vase clos\u00a0;<\/li>\n<\/ul>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<ul>\n<li><u>la tentation du Tout-Autre<\/u>: c\u2019est la version r\u00e9volutionnaire ou r\u00e9formiste radicale, l\u2019invention d\u2019une nouvelle langue pour dire un monde nouveau. Malheureusement, le peuple est un boulet, son langage n\u2019est plus adapt\u00e9, trop ringard, trop dispers\u00e9, changeant, perturbant, pas assez passe-partout, unifi\u00e9, homog\u00e8ne, <em>cool<\/em>, rapide (pour \u00ab\u00a0textoter\u00a0\u00bb ou surfer sur Internet), s\u00e9rieux (les variations dialectales, est-ce bien raisonnable\u00a0?), souple, enseignable\u2026 L\u2019occitan n\u2019est plus qu\u2019un pr\u00e9texte, une p\u00e2te \u00e0 modeler \u00e0 volont\u00e9, servant \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un Volap\u00fck sur mesure. Pour la libert\u00e9 linguistique future, pour La Langue pure de demain, sacrifions le grossier patois d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0! Et vive l\u2019Artefact Supr\u00eame\u00a0!<\/li>\n<\/ul>\n<p><u>\u00a0<\/u><\/p>\n<p>Dans les deux cas, c\u2019est l\u2019abandon du peuple. Curieux nationalisme qui est pr\u00eat \u00e0 se passer de son peuple\u00a0: il n\u2019est pas conforme, oublions-le\u00a0! Et ce vers quoi nous nous acheminons tranquillement, nous les tenants du pluralisme linguistique, les irr\u00e9ductibles de la diff\u00e9rence, c\u2019est l\u2019instauration douce mais irr\u00e9versible, \u00e0 coups de \u00ab\u00a0normativisation\u00a0\u00bb linguistique, d\u2019un unilinguisme interne \u00e0 l\u2019occitan. Joli retour du refoul\u00e9 franco-jacobin\u00a0! Mais si cet unilinguisme est un projet, comme la norme et son bon usage unitaire, il est surtout une illusion. Le r\u00e9el du langage est autre\u00a0! Et que dire des locuteurs h\u00e9ritiers\u00a0? Ils sont le vrai cr\u00e9ateur collectif, le moteur de l\u2019\u00e9volution langagi\u00e8re\u00a0; peut-on r\u00e9former la langue, mener une entreprise n\u00e9ologique sans eux ou contre eux\u00a0? Il y a un sacr\u00e9 paradoxe, pour le linguiste, \u00e0 vouloir intervenir transitivement sur la langue alors que toute sa science repose sur l\u2019id\u00e9e, mise en \u00e9vidence par l\u2019histoire des langues, que cette \u00e9volution est principalement le fait de l\u2019action des locuteurs et du temps. L\u2019occitanisme est-il n\u00e9 pour qu\u2019une minorit\u00e9 de normalisateurs impose ses choix \u00e0 une majorit\u00e9 de \u00ab\u00a0normalis\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0ou bien pour que le peuple prenne enfin la parole dans sa langue? L\u2019imposition, m\u00eame symbolique, d\u2019une norme autre que la v\u00e9ritable norme, la norme d\u2019usage, est non seulement une grave erreur p\u00e9dagogique, qui r\u00e9instaure dans l\u2019esprit des gens la funeste distinction patois\/occitan, mais aussi une m\u00e9prise de taille sur le sens de l\u2019engagement occitaniste. Pour ma part, on l\u2019aura compris, je ne participerai \u00e0 aucune entreprise visant \u00e0 faire du locuteur occitanophone un \u00ab\u00a0<em>unilingue del dedins<\/em>\u00a0\u00bb (pour parodier Joan Larzac). Quand je suis entr\u00e9 en occitanisme, en 1971, je n\u2019ai pas sign\u00e9 pour \u00e7a\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Eric Fraj<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Seule l\u2019intervenante s\u2019exprimant en limousin avait trouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Ce constat nous ne sommes pas, bien s\u00fbr, les premiers \u00e0 le faire. Voir par ex. ce qu\u2019en disent les linguistes Xavier Lamuela et Joan Fulhet dans l\u2019excellent, <em>L\u2019occitan de viva votz<\/em>, Edicions IEO 31, Tolosa, 2008.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Ils prononcent bien s\u00e9par\u00e9ment \u00ab\u00a0<em>cada \/an<\/em>\u00a0\u00bb, par ex., ce qui devrait se dire \u00ab\u00a0<em>cad\u2019an\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Or une langue vivante n\u2019est-elle pas d\u2019abord une langue qui se parle\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Quel sens cela a-t-il d\u2019imposer \u00ab\u00a0lo lach\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>enebit<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>en cantar<\/em>\u00a0\u00bb, dans des zones qui m\u00e9connaissent ces formes et ne disent \u2013 depuis des si\u00e8cles \u2013 que \u00ab\u00a0<em>la lait\/la l\u00e8it<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>interdit<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>en cantant<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> La Bressola est l\u2019\u00e9quivalent de la Calandreta, en Catalogne-Nord.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> C\u2019est-\u00e0-dire depuis 1970.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Cf., \u00e0 propos de la probl\u00e9matique catalan du Roussillon\/catalan standard, la tr\u00e8s instructive contribution de Joan Peytav\u00ed Deixona\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle langue (r\u00e9)apprendre\u00a0?\u00a0\u00bb in <em>L\u2019\u00e9cole, instrument de sauvegarde des langues menac\u00e9es\u00a0?<\/em>, Actes du colloque du 30\/09 et 01\/10\/05 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, 2007, pp.148-165.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> C\u2019est l\u2019argument que m\u2019opposa le pr\u00e9sident d\u2019une de nos Calandretas il y a quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> A propos de cette r\u00e9alit\u00e9 une qu\u2019est la langue-culture, voir l\u2019\u0153uvre d\u2019Henri Meschonnic.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> In\u00e9vitable quand l\u2019on se compla\u00eet dans la fabrication d\u2019un langage \u00e9litiste\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> In <em>Quas\u00e8rns pedagogics<\/em>, n\u00b053, 1971. Cit\u00e9 par Rogi\u00e8r Teulat dans <em>U\u00e8i l\u2019occitan<\/em>, I. E. O., 1985, p. 40.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Imaginons, pour ne pas charger la barque, qu\u2019il le prononce bien, ce qui est loin d\u2019\u00eatre garanti\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Des exemples de cette sorte je peux \u2013 h\u00e9las\u00a0! \u2013 en citer \u00e0 foison et en renouveler r\u00e9guli\u00e8rement le stock puisque l\u2019\u00e9preuve orale d\u2019occitan au Baccalaur\u00e9at m\u2019en fournit tous les ans, et non des moindres. La grande majorit\u00e9 des candidats qui me disent entendre peu ou prou la langue chez eux ne font pas la liaison entre \u00ab\u00a0le patois\u00a0\u00bb de la famille et l\u2019occitan appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Et \u00e7a se comprend\u00a0: on leur enseigne \u00ab\u00a0<em>lo can<\/em>\u00a0\u00bb (parfois m\u00eame prononc\u00e9 [ko]) et \u00ab\u00a0<em>lo fach<\/em>\u00a0\u00bb quand le milieu dit \u00ab\u00a0<em>le gos<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab<em>\u00a0le f\u00e8it<\/em>\u00a0\u00bb. Pour peu que le professeur n\u2019explicite pas le lien patois\/occitan, le (mauvais) tour est jou\u00e9\u00a0! Comment des adolescents ou des adultes peu f\u00e9rus de linguistique pourraient-ils comprendre qu\u2019il s\u2019agit de la m\u00eame langue quand tout semble leur indiquer le contraire, \u00e0 commencer par l\u2019archa\u00efque et tr\u00e8s litt\u00e9raire \u00ab\u00a0<em>D\u00f2na<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>S\u00e9nher<\/em>\u00a0\u00bb (la plupart du temps prononc\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Senh\u00e8rr<\/em> \u00bb) dont ils gratifient l\u2019examinatrice ou l\u2019examinateur alors que l\u2019usage social r\u00e9el ne conna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>Madama<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>Mossur<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> S\u2019il l\u2019\u00e9tait, quel sens y aurait-il pour moi \u00e0 rester occitaniste\u00a0? Il me faudrait alors entamer un autre combat, avec en t\u00eate la programmatique et joyeuse interjection qu\u2019une main r\u00e9fractaire, g\u00e9n\u00e9reuse, et peut-\u00eatre pr\u00e9monitoire, avait trac\u00e9e dans les ann\u00e9es 70 sur un mur de la rue Jacques Darr\u00e9 \u00e0 Toulouse, non loin de l\u2019entr\u00e9e du bienheureux Conservatoire Occitan\u00a0: \u00ab\u00a0Vive la patoisie libre\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Avec, notamment, l\u2019\u00e9ventuelle mise au point d\u2019un occitan \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb, vis \u00e0 vis duquel je n\u2019ai <em>dans l\u2019absolu<\/em> aucun a priori, ni n\u00e9gatif ni positif. En revanche, d\u00e8s que je quitte la position de surplomb de l\u2019absolu et consid\u00e8re le ras-de-terre socio-historique et ses exigences, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de me demander \u2013 au vu de l\u2019abondance des variantes de la langue \u2013 si rechercher artificiellement une langue standard ne revient pas \u00e0 rechercher la quadrature du cercle. De plus, si <em>koin\u00e9<\/em> (langue commune) il doit y avoir un jour, ne na\u00eetra-t-elle pas plut\u00f4t du commerce langagier des humains d\u2019ici au jour le jour, du frottement entre elles de leurs diff\u00e9rentes modalit\u00e9s d\u2019\u00e9nonciation? Ce sont les paroles, les discours qui finissent par faire la langue, pas l\u2019inverse, contrairement \u00e0 ce que croit la <em>doxa<\/em>, y compris \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Pour en finir avec la religion \u2013 tr\u00e8s fran\u00e7aise \u2013 de la Langue en soi et transcendante, voir l\u00e0 encore toute l\u2019\u0153uvre d\u2019Henri Meschonnic.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Qui d\u2019entre nous s\u2019adresserait en effet \u00e0 un Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, au Percepteur ou \u00e0 une personne inconnue mais d\u00e9sir\u00e9e, exactement comme il s\u2019adresserait \u00e0 un de ses proches (fr\u00e8re ou soeur, copain, enfant, animal domestique, etc.)\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> J\u2019ai depuis longtemps remarqu\u00e9 que m\u00eame ceux d\u2019entre nous qui ont appris le fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9cole ne s\u2019expriment pas ou plus tout \u00e0 fait, en occitan, comme le faisaient leurs parents et grands-parents\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> M\u00e9ditons \u00e0 ce propos les sages paroles du linguiste Rogi\u00e8r Teulat, opus cit\u00e9, p. 113\u00a0:\u00a0\u00ab<em>\u00a0Dins l\u2019expression, la compausanta sociala es totjorn presenta. Lo probl\u00e8ma per una lenga coma l\u2019occitan es de<\/em> pas oblidar los crit\u00e8ris subjectius dins la formacion de la n\u00f2rma\u00a0<em>: aqu\u00f2\u2019s la condicion fondamentala per que la n\u00f2rma eventuala si\u00e1 acceptada pels utilisaires, e donc capite mai rapidament, valent a dire avant que los occitanof\u00f2nes natius si\u00e1n en nombre deris\u00f2ri<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Ce ne sont l\u00e0 que quelques exemples, on pourrait les multiplier, y compris au plan de la syntaxe, ce qui aggrave davantage encore la <em>distance <\/em>fatale \u00e9voqu\u00e9e plus haut.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> J\u2019ai \u00e9t\u00e9 instituteur au Maroc, de 1976 \u00e0 1978. J\u2019y ai vu et entendu un speaker de la t\u00e9l\u00e9vision nationale traduire en arabe populaire marocain le discours t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 que le roi Hassan II venait de prononcer en arabe \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb. Un \u00e9tudiant marocain, issu d\u2019un des bidonvilles de Casablanca, m\u2019a expliqu\u00e9 que cette traduction \u00e9tait n\u00e9cessaire si l\u2019on voulait que le peuple comprenne ce qu\u2019avait dit le roi. Cette dichotomie entre arabe populaire et arabe classique (ou litt\u00e9raire) est ni\u00e9e par certains universitaires fran\u00e7ais enseignant l\u2019arabe, sous pr\u00e9texte qu\u2019il s\u2019agirait de \u00ab\u00a0la m\u00eame langue\u00a0\u00bb. Curieuse \u00ab\u00a0m\u00eame langue\u00a0\u00bb o\u00f9 la compr\u00e9hension minimale ne passe pas\u00a0! Il faut \u00eatre sacr\u00e9ment sourd \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, ou aveugl\u00e9 par l\u2019id\u00e9ologie, pour persister \u00e0 voir \u00ab\u00a0une m\u00eame langue\u00a0\u00bb l\u00e0 o\u00f9 les individus ne se comprennent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence pas. C\u2019est de cette dichotomie liquidatrice de toute vraie souverainet\u00e9 populaire que l\u2019occitanisme doit absolument se garder.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> Psychique et morale.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Que l\u2019on se rassure\u00a0: ces m\u0153urs restent encore, pour l\u2019instant, plurielles et je ne mets pas tout le monde dans le m\u00eame sac\u00a0; mais des tendances lourdes ne s\u2019en dessinent pas moins\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> L\u2019on sait combien il est difficile d\u2019\u00eatre sur le v\u00e9lo et d\u2019en descendre pour se regarder p\u00e9daler.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Je dis bien \u00ab\u00a0\u00e0 leurs yeux\u00a0\u00bb car souvent l\u2019on ne retiendra \u2013 inconsciemment ou consciemment &#8211; des enseignements de la linguistique, de la litt\u00e9rature ou encore de l\u2019histoire, que ce qui sert et alimente l\u2019id\u00e9ologie en question, qui est toujours a priori, comme un voile que l\u2019on jette sur le r\u00e9el et en sera le prisme, quoi qu\u2019il arrive. Ainsi, quand on se persuade que la seule forme l\u00e9gitime est \u00ab\u00a0<em>meteis<\/em>\u00a0\u00bb et la forme \u00ab\u00a0 <em>m\u00e8me<\/em>\u00a0\u00bb un affreux gallicisme, peu importe que des textes anciens puissent porter \u00ab\u00a0<em>mesme<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>misme<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019affaire est entendue. Et \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9tablir\u00a0\u00bb pour r\u00e9tablir, pourquoi ne pas reprendre alors, dans le toulousain, la forme populaire \u00ab\u00a0<em>met\u00eds<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>med\u00eds<\/em>\u00a0\u00bb, pourtant pr\u00e9sente chez Goudouli\u00a0? Parce qu\u2019elle a le tort d\u2019\u00eatre local, de ne pas appartenir au registre du \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb, parce que \u00ab\u00a0<em>meteis<\/em>\u00a0\u00bb est attest\u00e9 par les textes les plus anciens et surtout parce qu\u2019il a l\u2019insigne avantage d\u2019\u00eatre tr\u00e8s proche du catalan \u00ab\u00a0<em>mateix<\/em>\u00a0\u00bb. Or dans l\u2019esprit de beaucoup c\u2019est cette proximit\u00e9 qui est un vrai gage d\u2019authenticit\u00e9 de la langue, quand ce n\u2019est pas de dignit\u00e9\u00a0: le catalan n\u2019est-il pas pour eux, et imaginairement, un occitan qui a r\u00e9ussi\u00a0? Et l\u2019article \u00ab\u00a0lo\u00a0\u00bb, que nous partageons avec le catalan, n\u2019est-il quand m\u00eame pas plus noble, plus pr\u00e9sentable, que ce b\u00e2tard de \u00ab\u00a0le\u00a0\u00bb, mi-languedocien mi-gascon, mi-rural mi-urbain, mi-populaire mi-savant, et plus g\u00eanant qu\u2019autre chose, finalement, comme tous les b\u00e2tards\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Cet exemple-l\u00e0, le premier d\u2019une longue s\u00e9rie qui m\u2019a fait r\u00e9fl\u00e9chir, je le tiens du regrett\u00e9 Jean Guilh\u00e8m \u00e0 Carbonne, qui avait appris le fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9cole et parlait un occitan fluide et populaire. Il ne s\u2019\u00e9tait jamais imagin\u00e9 que les cours d\u2019occitan qu\u2019il prendrait sur le tard se r\u00e9v\u00e8leraient aussi dogmatiques que ceux qui l\u2019avaient initi\u00e9 au fran\u00e7ais, dans son enfance, \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique\u2026\u00a0 Mais qui nous garantit que demain ces <em>missi dominici<\/em> s\u2019en tiendront au lexique et n\u2019iront pas jusqu\u2019\u00e0 nous dire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Non cal dire \u00ab\u00a0cal pas\u2026\u00a0\u00bb, cal dire \u00ab\u00a0Non cal\u00a0\u00bb\u2026<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Cf. la th\u00e9orie philosophique de Vainiger du \u00ab\u00a0<em>Monde comme si<\/em>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>die Welt als ob<\/em>\u00a0\u00bb), effectif quand des adultes se retrouvent dans l\u2019\u00e9tat affectif et mental d\u2019enfants captiv\u00e9s par un conte, une repr\u00e9sentation de Guignol, un film ou un jeu vid\u00e9o.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> S\u2019est-on d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 ce que, par ex., l\u2019expression \u00ab\u00a0<em>grafia sucursalista francesa<\/em>\u00a0\u00bb (pour qualifier la graphie dite mistralienne), expression tr\u00e8s politiquement orient\u00e9e, pouvait bien signifier pour un quidam peu instruit du jargon occitaniste et qui la rencontre pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019introduction \u00e0 un dictionnaire d\u2019occitan r\u00e9gional, en l\u2019occurrence le tr\u00e8s salutaire dictionnaire de gascon toulousain de Nicolau Rei-B\u00e8thv\u00e9der\u00a0 (IEO Edicions, 2004, p. 11)?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Pierre Bec me racontait il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es que son p\u00e8re, pharmacien au Fousseret, pratiquait quotidiennement le gascon du lieu, y compris dans son officine, mais qu\u2019il \u00e9crivait et envoyait des po\u00e8mes en languedocien de Toulouse quand il s\u2019agissait de participer au concours litt\u00e9raire des Jeux Floraux de cette ville. Bel exemple de pluralit\u00e9 linguistique, m\u00eame s\u2019il s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une perception quasi diglossique de la langue, l\u2019occitan <em>mondin<\/em>, celui de Goudouli, \u00e9tant per\u00e7u sans doute ici comme plus urbain (au sens de \u00ab\u00a0polic\u00e9\u00a0\u00bb), et plus litt\u00e9raire, que le gascon du cru. Mais qui n\u2019a connu de ces Ari\u00e9geois capables de parler languedocien \u00e0 Foix et gascon \u00e0 Saint-Girons\u00a0? Il en existe encore, soit dit en passant, comme existent encore de ces locuteurs h\u00e9ritiers capables de pr\u00e9ciser comment l\u2019on dit ou prononce (diff\u00e9remment) \u00e0 tel ou tel endroit. Preuve que le locuteur local n\u2019\u00e9tait pas enferm\u00e9 dans une sorte d\u2019autisme linguistique, que la pluralit\u00e9 linguistique n\u2019\u00e9tait pas v\u00e9cue comme un obstacle \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 l\u2019\u00e9change, que \u2013 si la langue n\u2019\u00e9tait pas th\u00e9oris\u00e9e comme un seul et m\u00eame syst\u00e8me linguistique \u2013 elle \u00e9tait n\u00e9anmoins ressentie et pratiqu\u00e9e comme telle, au sein m\u00eame de ses variations d\u2019\u00e9nonciation. O\u00f9 l\u2019on voit s\u2019opposer la v\u00e9rit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique de la vie (ici, langagi\u00e8re) \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle, mais d\u00e9sincarn\u00e9e, fig\u00e9e et st\u00e9rile, de l\u2019id\u00e9e abstraite de Langue, de ce qu\u2019elle devrait \u00eatre\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Lequel go\u00fbt, c\u2019est connu, peut aller jusqu\u2019\u00e0 s\u2019exprimer parfois par la (gentille) moquerie, reconnaissance indirecte, implicite, de la diff\u00e9rence de l\u2019autre\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Cit\u00e9e par Barbara Cassin dans <em>Plus d\u2019une langue<\/em>, Bayard, Coll. \u00ab\u00a0Les petites conf\u00e9rences\u00a0\u00bb, 2012, p. 64.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Le linguiste Jacques Taupiac explicite tr\u00e8s p\u00e9dagogiquement, depuis les ann\u00e9es 70, comment et pourquoi la normalisation graphique ne doit pas \u00eatre une normalisation linguistique. Et des p\u00e9dagogues comme Andr\u00e9 Lagarde savent rassurer les locuteurs h\u00e9ritiers qui craignent de ne pas parler \u00ab\u00a0le vrai occitan\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00c7\u00f2 que parlatz es de bon occitan, tot parlar es d\u2019occitan e de bon occitan<\/em>\u00a0\u00bb. Il semble que cette vision des choses ne soit plus dominante\u00a0: d\u00e9sormais l\u2019on n\u2019h\u00e9site plus \u00e0 faire savoir aux locuteurs naturels qu\u2019ils ne parlent pas selon la sacro-sainte Norme, ce qui les renvoie illico presto \u00e0 une anormalit\u00e9 qu\u2019ils ont la plupart du temps d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cue \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique, soit parce qu\u2019ils ne parlaient pas fran\u00e7ais, soit parce qu\u2019ils ne parlaient pas le \u00ab\u00a0bon fran\u00e7ais\u00a0\u00bb. Ainsi donc ils n\u2019auront jamais, de toute leur vie, parl\u00e9 \u00ab\u00a0comme il faut\u00a0\u00bb. Si l\u2019occitanisme actuel n\u2019est pas pour eux le lieu de la revanche sociale, de la fiert\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e, d\u2019un vivre-ensemble non-hi\u00e9rarchique dans lequel ils puissent <em>se retrouver<\/em>, ils s\u2019en d\u00e9tournent \u2013 \u00e0 juste titre \u2013 et laissent les nouveaux petits-ma\u00eetres \u00e0 leurs affaires.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00ab\u00a0C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les concepts chomskyens de comp\u00e9tence (connaissance int\u00e9rioris\u00e9e de la langue) et performance (emploi de la langue tel qu\u2019on l\u2019observe), tout comme les concepts saussuriens de langue et parole, correspondent \u00e0 deux modalit\u00e9s d\u2019un r\u00e9el unique, et non aux fondements de deux linguistiques incompatibles, que l\u2019\u00e9tude de la variation n\u2019est d\u2019aucune mani\u00e8re en contradiction avec la notion de syst\u00e8me. Si un syst\u00e8me est caract\u00e9ris\u00e9 par sa coh\u00e9rence, au moins globale, et par son organisation en unit\u00e9s discr\u00e8tes (opposables les unes aux autres par des diff\u00e9rences de nature et non de degr\u00e9), comme le sont les phon\u00e8mes, il ne s\u2019ensuit pas que ces unit\u00e9s soient immuables. Justement parce qu\u2019elles se d\u00e9finissent d\u2019abord par des diff\u00e9rences, leur contenu peut se diversifier, pourvu que ces diff\u00e9rences soient maintenues. La variation est, en d\u00e9pit de l\u2019apparence, li\u00e9e \u00e0 la notion de syst\u00e8me\u00a0\u00bb, Claude Hag\u00e8ge, <em>L\u2019homme de paroles<\/em>, Fayard, 1986, p.277.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Pour \u00eatre plus exact, c\u2019est tout discours humain qui fonctionne sur ce sch\u00e9ma\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019homme inscrit ind\u00e9finiment sa diff\u00e9rence dans les plis de la langue, malgr\u00e9 les incontournables de la grammaire. Les oscillations de sa parole sont une autre trace de sa singularit\u00e9.\u00a0\u00bb, C. Hag\u00e8ge, opus cit\u00e9 , p.282.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> C\u2019est le cas de l\u2019arabe coranique, r\u00e9f\u00e9rence supr\u00eame du nationalisme (pan-) arabe, comme nous le rappelle Mohamed Benrabah, in <em>Langue et pouvoir en Alg\u00e9rie<\/em>, S\u00e9guier, 1999, p. 84\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Le miracle, selon lui [Zaki al-Arsouzi, id\u00e9ologue syrien], ne date pas de Mahomet mais d\u2019Adam, et l\u2019idiome coranique est celui des origines pr\u00e9c\u00e9dant Babel. Arsouzi est en fait p\u00e9tri de mythes et croyances v\u00e9hicul\u00e9s par la tradition arabo-islamique qui d\u00e9crit l\u2019arabe classique comme divin pour deux raisons\u00a0: la premi\u00e8re est qu\u2019Allah a dict\u00e9 le Coran en \u00ab\u00a0pur arabe\u00a0\u00bb\u00a0; la deuxi\u00e8me tient du caract\u00e8re \u00ab\u00a0inimitable\u00a0\u00bb (<em>el i\u2019jaz<\/em>) de cet idiome. C\u2019est donc l\u2019aspect linguistique du Coran qui fait de l\u2019arabe une \u00ab\u00a0langue miraculeuse\u00a0\u00bb. De ce fait, le \u00ab\u00a0nationalisme\u00a0\u00bb arabe se con\u00e7oit difficilement sans l\u2019islam.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019usage qui fait sens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Est-il besoin de reprendre ici les nombreuses et \u00e9difiantes analyses montrant tout ce que le centralisme fran\u00e7ais et sa mythologie nationale doivent \u00e0 l\u2019imposition h\u00e9g\u00e9monique d\u2019une Norme unitariste\u00a0? Cf., entre autres, <em>Le\u00a0 mythe national<\/em>, de Suzanne Citron, Les Editions ouvri\u00e8res\/EDI, 1991.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> Cf. Jean-Pierre Faye,\u00a0 <em>Th\u00e9orie du r\u00e9cit, introduction aux langages totalitaires<\/em>, Hermann,\u00a0 Coll. Savoir, Paris, 1972, p. 62.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Idem, p. 60.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Sur le concept de \u00ab\u00a0totalitarisme\u00a0\u00bb, tel que nous l\u2019envisageons ici, voir <em>L\u2019invention d\u00e9mocratique<\/em> de Claude Lefort, Fayard, 1981.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\">[41]<\/a> Ainsi Josiana Ubaud donne-t-elle \u00ab\u00a0<em>cerem\u00f2nia<\/em>\u00a0\u00bb, dans son <em>Diccionari ortografic, gramatical e morfologic de l\u2019occitan <\/em>(Editions Trabucaire, 2011, p. 373), l\u00e0 o\u00f9 le francophone dit \u00ab\u00a0c\u00e9r\u00e9monie\u00a0\u00bb et o\u00f9 le locuteur h\u00e9ritier occitanophone dit spontan\u00e9ment \u2013 et depuis des si\u00e8cles maintenant \u2013 \u00ab\u00a0<em>ceremonia<\/em>\u00a0\u00bb. En cela elle est d\u2019accord avec Alibert, dont elle d\u00e9nonce par ailleurs \u2013 et avec pertinence, me semble-t-il \u2013 certaines erreurs et certains choix contestables car dict\u00e9s par l\u2019id\u00e9ologie. Mais n\u2019y a-t-il pas la manifestation d\u2019un choix id\u00e9ologique sous-jacent, et sans doute involontaire, dans le fait de choisir le tr\u00e8s \u00e9tymologique et tr\u00e8s lettr\u00e9 \u00ab\u00a0<em>cerem\u00f2nia<\/em>\u00a0\u00bb comme seule r\u00e9f\u00e9rence valable, <em>contre<\/em> le tr\u00e8s populaire et plus que tr\u00e8s r\u00e9pandu \u00ab\u00a0<em>ceremonia<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Il en va de m\u00eame pour le couple \u00ab\u00a0<em>Occit\u00e0nia\/Occitania<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: pourquoi la forme \u00ab\u00a0<em>Occit\u00e0nia<\/em>\u00a0\u00bb fait-elle quasiment l\u2019unanimit\u00e9 dans l\u2019occitanisme actuel\u00a0? Parce que l\u2019on n\u2019enseigne pas l\u2019autre forme \u2013 la populaire \u2013 aux nouveaux apprenants, parce que l\u2019\u00e9tymologisme fait flor\u00e8s d\u00e8s lors qu\u2019il \u00e9loigne du fran\u00e7ais et semble r\u00e9tablir par l\u00e0 m\u00eame la Langue dans sa puret\u00e9 originelle, puret\u00e9 qu\u2019elle est cens\u00e9e avoir perdue au contact de l\u2019intrus <em>francimand<\/em>. Ainsi, contre un usage populaire massif, mais aussi contre le t\u00e9moignage de la litt\u00e9rature elle-m\u00eame, o\u00f9 les occurrences de \u00ab\u00a0<em>Occitania<\/em>\u00a0\u00bb se comptent par dizaines, l\u2019imaginaire fondamentaliste d\u2019un certain occitanisme \u2013 qui a h\u00e9las le vent en poupe \u2013 va-t-il peut-\u00eatre r\u00e9ussir \u00e0 faire croire que la forme \u00ab\u00a0<em>Occit\u00e0nia<\/em>\u00a0\u00bb est la seule \u00e0 \u00eatre <em>l\u00e9gitime<\/em>. Mais pourquoi seules les formes \u00e9tymologiques rep\u00e9r\u00e9es ou les reconstructions op\u00e9r\u00e9es par la Linguistique seraient-elles porteuses de l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0? C\u2019est importer une sorte d\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique dans un domaine qui ne rel\u00e8ve pas de la morale. O\u00f9 l\u2019on voit que la Langue \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb est le Bien, non pas tant pour des raisons aff\u00e9rentes \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 de la Science linguistique que pour des raisons morales\u00a0: la Langue purifi\u00e9e recoud ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9chir\u00e9, elle <em>r\u00e9tablit <\/em>le juste face \u00e0 ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme une injustice perp\u00e9tr\u00e9e par l\u2019Histoire, elle remet le Fran\u00e7ais \u00e0 sa place\u00a0(\u00a0: dehors\u00a0!), elle renoue avec la puret\u00e9 des origines, celle de l\u2019\u00e9poque des Troubadours, de l\u2019Age d\u2019Or d\u2019avant la catastrophe (les Croisades contre les Cathares et l\u2019annexion \u00e0 la France), elle efface des si\u00e8cles de malheur. L\u2019\u00e9tymologie et l\u2019archa\u00efsme nous vengent et r\u00e9tablissent <em>ce qui doit \u00eatre<\/em> (l\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, la seule l\u00e9gitimit\u00e9 qui vaille aux yeux du moraliste) contre <em>ce qui est<\/em>. Or il ne va pas de soi que ce sch\u00e9ma, qui vaut pour la morale, soit exportable et valable dans d\u2019autres domaines, notamment dans celui \u2013 \u00e9minemment p\u00e9dagogique \u2013 de la resocialisation \u00e9ventuelle de l\u2019occitan. En effet, dans ce domaine, ce qui compte, nous l\u2019avons vu, c\u2019est <em>ce qui est<\/em>, la langue r\u00e9ellement parl\u00e9e, pas la langue r\u00eav\u00e9e. Mais tant que l\u2019hebdomadaire <em>La Setmana<\/em> utilisera exclusivement la forme \u00ab\u00a0<em>Col\u00f2mbia<\/em>\u00a0\u00bb, et tant que Josiana Ubaud ne mentionnera que la forme \u00ab\u00a0Col\u00f3mbia\u00a0\u00bb (op. cit., p. 400), alors que le peuple occitanophone ne conna\u00eet que \u00ab\u00a0<em>Colombia<\/em>\u00a0\u00bb, l\u2019hiatus mortel entre la langue r\u00e9elle et la langue fantasm\u00e9e par certains occitanistes ne fera que s\u2019approfondir. Pr\u00e9tendre r\u00e9tablir la transcendance de la Norme Pure contre l\u2019immanence d\u2019une norme d\u2019usage, c\u2019est pr\u00e9tendre qu\u2019il n\u2019y a pas eu de verdict de l\u2019Histoire, que l\u2019o\u00efl et l\u2019oc ne se sont pas f\u00e9cond\u00e9s l\u2019un l\u2019autre, qu\u2019il n\u2019y pas eu m\u00e9tissage des peuples et des cultures, c\u2019est nier le r\u00e9el, sa pluralit\u00e9 et sa complexit\u00e9. Il est plus que temps d\u2019en finir avec \u00ab\u00a0le monde comme si\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref42\" name=\"_ftn42\">[42]<\/a> Il n\u2019est que de constater combien les expressions artistiques v\u00e9ritablement populaires (par ex. Catinou et Jacouti, en pays toulousain) sont m\u00e9pris\u00e9es ou snob\u00e9es par nombre d\u2019occitanistes, combien de longues ann\u00e9es il a fallu avant que le personnage comique de Padena ne soit reconnu par une intelligentsia occitaniste qui ne voyait en lui que du n\u00e9gatif (\u00ab\u00a0Mais quelle image de nous donne-t-il\u00a0!\u00a0\u00bb) et puisse enfin acc\u00e9der \u00e0 la sc\u00e8ne d\u2019un festival comme L\u2019Estivada\u2026 Pourtant, Padena \u2013 personnage porteur de marqueurs identitaires \u00e9minemment populaires, \u00e0 commencer par le parler, et qu\u2019il r\u00e9habilite, a rassembl\u00e9 et rassemble encore des milliers et des milliers de personnes, est l\u2019artiste occitanophone qui vend le plus de cd ou cassettes (dont un grand nombre sur les march\u00e9s et les foires, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux d\u2019Yvette Horner, Mireille Mathieu, les Beatles ou M6 Solar). Il repr\u00e9sente une vraie r\u00e9ussite populaire. Qui peut en dire autant\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref43\" name=\"_ftn43\">[43]<\/a> Ce qui est somme toute une posture fran\u00e7aise tr\u00e8s classique. Qui ne se souvient d\u2019un Jacques Chirac plaidant pour la d\u00e9fense et l\u2019instauration de la pluralit\u00e9 culturelle dans le monde mais ne faisant pas grand chose pour la rendre effective dans son propre pays\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref44\" name=\"_ftn44\">[44]<\/a> Claude Hag\u00e8ge, opus cit\u00e9, p. 276.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref45\" name=\"_ftn45\">[45]<\/a> Rogi\u00e8r Teulat \u00e9voque cette tentation alibertine (<em>op. cit.<\/em>, p. 126)\u00a0: \u00ab\u00a0Un exemple entre autres\u00a0:<em> Gramatica <\/em>p. 82\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Los parlars con\u00e9isson<\/em> pro<em> variable. Aquelas f\u00f2rmas conv\u00e9non pas dins la lenga escrita\u00a0<\/em>\u00bb. <em>\u00d2m vei pas per de qu\u00e9 conv\u00e9non pas senon que en franc\u00e9s i a que<\/em> assez de, <em>f\u00f2rma invariabla\u00a0; mentre que la tend\u00e9ncia de la lenga vertadi\u00e8ra es justament a l\u2019expression del genre e del nombre pels determinatius indefinits\u00a0: <\/em>paucas gents, tr\u00f2pa pauretat\u2026 <em>Notar l\u2019oposicion<\/em> parlars\/lenga escrita<em>.\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref46\" name=\"_ftn46\">[46]<\/a> C\u2019est ce qui vient d\u2019arriver \u00e0 un extrait de <em>Al temps que te parli<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Lagarde, extrait reproduit par le tout r\u00e9cent manuel scolaire <em>Tu tanben\u00a0!<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par le CNDP de Montpellier, et dont la langue a \u00e9t\u00e9 normalis\u00e9e. Ainsi les \u00e9l\u00e8ves n\u2019auront pas acc\u00e8s \u00e0 cet occitan sud-languedocien, si particulier, qui \u00e9tait inh\u00e9rent \u00e0 la parole de la grand-m\u00e8re de l\u2019auteur. Son alt\u00e9rit\u00e9 leur est par l\u00e0 m\u00eame refus\u00e9e, ils ne sauront m\u00eame pas qu\u2019une normalisation linguistique a eu lieu et pourront continuer \u00e0 croire que l\u2019on parle et \u00e9crit le languedocien de la m\u00eame fa\u00e7on dans le pi\u00e9mont pyr\u00e9n\u00e9en qu\u2019\u00e0 Agen, Aurillac, ou sur la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref47\" name=\"_ftn47\">[47]<\/a> \u00ab\u00a0Le langage est l\u2019invention du langage, contin\u00fbment. Au march\u00e9 comme dans un po\u00e8me.\u00a0Simplement, il ne s\u2019invente pas de la m\u00eame fa\u00e7on ici ou l\u00e0.\u00bb, G\u00e9rard Dessons, <em>La force du langage<\/em>, Honor\u00e9 Champion, Paris, 2000, p. 88.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref48\" name=\"_ftn48\">[48]<\/a> On ne peut \u00e9voquer cette id\u00e9ologie sans renvoyer \u00e0 ses soubassements les plus solides\u00a0: \u00ab <em>per Alib\u00e8rt, i a dos niv\u00e8ls d\u2019expression\u00a0: la lenga parlada, a l\u2019estat salvatge, e la lenga escricha, qu\u2019es corr\u00e8cta, clara. Aquel niv\u00e8l escrich es totjorn apelat <\/em>lenga liter\u00e0ria <em>(autre signe del temps)\u00a0; e praqu\u00f2 la lenga emplegada dins la <\/em>Gramatica <em>es una lenga tecnica, pas una lenga liter\u00e0ria. (\u2026) Alib\u00e8rt defin\u00eds pas clarament los niv\u00e8ls d\u2019expression (sa teoria normativa es fondada sus la teoria normativa francesa de l\u2019ep\u00f2ca), \u00e7\u00f2 qu\u2019entraina lo gost de l\u2019arca\u00efsme e del catalanisme<\/em>.\u00a0\u00bb, R. Teulat, op. cit., p.111.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref49\" name=\"_ftn49\">[49]<\/a> Cf., sur ce point encore, R.Teulat, id., p. 111\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Aital tanben del manl\u00e8u a una n\u00f2rma estrangi\u00e8ra, per parlar clar los manl\u00e8us faches per Alib\u00e8rt a la lenga catalana. Lo catalanisme es situat dins l\u2019ist\u00f2ria e es una marca de l\u2019ideologia del normalisaire. Lo catalanisme \u00e8ra a la m\u00f2da avant la gu\u00e8rra (\u2026). La n\u00f2rma catalana \u00e8ra concebida coma la n\u00f2rma tipica, la n\u00f2rma qu\u2019a capitat, mentre que la lenga occitana \u00e8ra encara a l\u2019estat salvatge. Crit\u00e8ri purament subjectiu, la ling\u00fcistica mod\u00e8rna nos aprenent que totas las lengas se v\u00e0lon, foncionalament parlant. Aital, quand Alib\u00e8rt preconisa <\/em>comprar<em> contra<\/em> crompar<em> (general en occitan), daissa veire (inconscientament) son ideologia catalanofila.\u00a0(\u2026) Quand Alib\u00e8rt preconisa <\/em>particular<em> e<\/em> comprar,<em> qu\u2019exist\u00edsson pas dins l\u2019int\u00e8rsist\u00e8ma occitan, s\u2019ag\u00eds efectivament d\u2019una lenga fargada. Lo probl\u00e8ma es diferent del manl\u00e8u de<\/em> fon\u00e8ma<em> al grec\u00f2latin per \u00e7\u00f2 que lo conc\u00e8pte de \u00ab\u00a0fon\u00e8ma\u00a0\u00bb exist\u00eds pas al sens prec\u00eds dins l\u2019usan\u00e7a quotidiana, mentre que particuli\u00e8r e crompar i son al niv\u00e8l del conc\u00e8pte e al niv\u00e8l de l\u2019expression (s\u2019ag\u00eds quitament de vocables dels mai utilisats)<\/em>. \u00bb \u00a0Est-ce \u00e0 nouveau si diff\u00e9rent\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref50\" name=\"_ftn50\">[50]<\/a> La recherche d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 linguistique octroy\u00e9e par l\u2019Histoire peut parfois prendre un tour cocasse, qui ferait rire si les choses n\u2019\u00e9taient pas, en v\u00e9rit\u00e9, si dramatiques. Il nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de lire, dans les toilettes de l\u2019Ostal d\u2019Occitania, \u00e0 Toulouse, l\u2019annonce suivante\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pr\u00e8c d\u2019escampar pas de papi\u00e8r dins lo bach\u00e0s<\/em>\u00a0\u00bb. Le contexte de la phrase fait comprendre que \u00ab\u00a0<em>pr\u00e8c<\/em>\u00a0\u00bb se veut ici l\u2019\u00e9quivalent de \u00ab\u00a0<em>preg\u00e0ria<\/em>\u00a0\u00bb. Mais le mot \u00ab\u00a0<em>preg\u00e0ria<\/em>\u00a0\u00bb a d\u00fb para\u00eetre trop religieux ou trop calqu\u00e9 sur le fran\u00e7ais \u00ab\u00a0pri\u00e8re\u00a0\u00bb \u00e0 la personne qui a \u00e9crit cette demande insistante. Alors elle s\u2019est tourn\u00e9e vers le tr\u00e9sor sans fond des raret\u00e9s, des cultismes, des archa\u00efsmes, etc., certaine d\u2019acc\u00e9der ainsi \u00e0 la puret\u00e9 essentielle et d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la contamination par le fran\u00e7ais. Las, le rarissime \u00ab\u00a0<em>prec<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; qui n\u2019est pas moins religieux que \u00ab\u00a0<em>preg\u00e0ria<\/em>\u00a0\u00bb mais d\u00e9signe aussi au Moyen \u00c2ge les pri\u00e8res que l\u2019on adresse \u00e0 une dame\u00a0! \u2013 ne sauve pas la phrase de l\u2019influence fran\u00e7aise car c\u2019est sa syntaxe, par sa nominalisation initiale, qui est un calque du fran\u00e7ais. Une connaissance pragmatique de la langue r\u00e9elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus utile, et plus efficace, que le d\u00e9sir id\u00e9ologique\u00a0: en l\u2019occurrence, et comme dans beaucoup de langues latines, le locuteur \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019emploi d\u2019une forme verbale (\u00ab\u00a0<em>Vos pregam de<\/em>..\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Vos <em>demandam de<\/em>\u2026\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>S\u00e8tz pregats de<\/em>\u2026\u00a0\u00bb, etc.). Seule la pratique r\u00e9guli\u00e8re d\u2019une langue peut donner au locuteur ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment \u00ab\u00a0le sens de la langue\u00a0\u00bb et qui est plus la conscience de la mani\u00e8re dont les discours des uns et des autres sont habituellement tourn\u00e9s qu\u2019autre chose\u2026\u00a0 C\u2019est cette m\u00eame pratique qui nous fera pr\u00e9f\u00e9rer \u00ab\u00a0<em>Se prohibe fumar<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0 \u00e0 \u00ab\u00a0<em>Prohibici\u00f3n de fumar<\/em>\u00a0\u00bb (calque du fran\u00e7ais). Encore faut-il, pour ma\u00eetriser \u00e0 peu pr\u00e8s une langue, s\u2019int\u00e9resser \u00e0 sa pratique effective\u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref51\" name=\"_ftn51\">[51]<\/a> \u00ab\u00a0(\u2026) <em>si\u00e8gui Max Allier quora prot\u00e8sta que la lenga d\u2019\u00d2c carreja dins sos ressons una sentida especificament populara, e que lo po\u00e8ta d\u2019ara la caus\u00eds per sa libertat a regard de tot passat academic<\/em>.\u00a0\u00bb, F\u00e8lix-Marc\u00e8l Castan, <em>Argumentari<\/em>, I. E. O., coll. Ensages n\u00b02, 1994, p. 34.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref52\" name=\"_ftn52\">[52]<\/a> In <em>Cours de linguistique g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, Payot, 1984, p. 278.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref53\" name=\"_ftn53\">[53]<\/a> Ainsi le <em>Dictionnaire de linguistique <\/em>de Larousse, Paris, 1972, \u00e0 la page 149\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Employ\u00e9 couramment pour <em>dialecte r\u00e9gional <\/em>par opposition \u00e0 \u00ab\u00a0langue\u00a0\u00bb, le <em>dialecte <\/em>est un syst\u00e8me de signes de r\u00e8gles combinatoires de m\u00eame origine qu\u2019un autre syst\u00e8me consid\u00e9r\u00e9 comme la langue, mais n\u2019ayant pas acquis le statut culturel et social de cette langue ind\u00e9pendamment de laquelle il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9\u00a0: quand on dit que le picard est un dialecte fran\u00e7ais, cela ne signifie pas que le picard est n\u00e9 de l\u2019\u00e9volution (ou \u00e0 plus forte raison de la \u00ab\u00a0d\u00e9formation\u00a0\u00bb) du fran\u00e7ais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref54\" name=\"_ftn54\">[54]<\/a> Qu\u2019il soit notion ou pratique langagi\u00e8re effective, l\u2019un \u2013 le dialecte \u2013 n\u2019existe pas sans l\u2019autre \u2013 la langue.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref55\" name=\"_ftn55\">[55]<\/a> \u00ab\u00a0(\u2026) <em>disi \u00ab\u00a0parlar\u00a0\u00bb, l\u2019unitat de basa, e non pas \u00ab\u00a0dial\u00e8cte\u00a0\u00bb, qu\u2019es una construccion mentala <\/em>(\u2026).\u00a0\u00bb, Joan Penent, correspondance priv\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref56\" name=\"_ftn56\">[56]<\/a> Cit\u00e9s par Fr\u00e9d\u00e9ric Duval in <em>Mille ans de langue fran\u00e7aise, histoire d\u2019une passion<\/em>, Perrin, Paris, 2010, p. 127.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref57\" name=\"_ftn57\">[57]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Duval, <em>op. cit.<\/em>, p. 104.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref58\" name=\"_ftn58\">[58]<\/a> Mais qui nous sauve de quoi\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref59\" name=\"_ftn59\">[59]<\/a> Ils seront bient\u00f4t doublement ringards et provinciaux\u00a0: par rapport \u00e0 La Norme unitariste fran\u00e7aise et, d\u00e9sormais, par rapport \u00e0 La Norme unitariste occitane.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref60\" name=\"_ftn60\">[60]<\/a> Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019entendre, \u00e0 Foix, un professeur certifi\u00e9 d\u2019occitan d\u00e9clarer\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019enseigne pas le dialecte ari\u00e9geois\u00a0\u00bb.\u00a0 Mais pourquoi donc\u00a0? Ce parler n\u2019est pas assez digne, noble, esth\u00e9tique, litt\u00e9raire, facile\u00a0? On ne sait trop. Ce qui est s\u00fbr c\u2019est que d\u2019abord l\u2019expression \u00ab\u00a0le dialecte ari\u00e9geois\u00a0\u00bb ne veut rien dire pour qui s\u2019int\u00e9resse un tant soit peu aux variations linguistiques caract\u00e9risant ce d\u00e9partement\u00a0; ce qui est s\u00fbr aussi c\u2019est que ce coll\u00e8gue, ari\u00e9geois en poste en Ari\u00e8ge, ne pratique pas le \u00ab\u00a0bas usage\u00a0\u00bb, par incomp\u00e9tence suppos\u00e9e (ce n\u2019est pourtant pas tr\u00e8s difficile de rep\u00e9rer les principales caract\u00e9ristiques des dites variations), par haine de soi, par souci d\u2019initier ses \u00e9l\u00e8ves au \u00ab\u00a0beau langage\u00a0\u00bb, \u00e0 cet occitan standard qui seul semble trouver gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux (standard qui, n\u00e9anmoins, notons-le au passage, n\u2019existe pas encore officiellement\u00a0; chacun peut donc se faire son petit standard \u00e0 soi, ce qui est quand m\u00eame assez paradoxal\u2026). Comment et pourquoi ce coll\u00e8gue, au demeurant sinc\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la cause occitaniste, ne voit-il pas qu\u2019il applique l\u00e0 le sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique et normalisateur dont les langues de France et leurs locuteurs ont tant souffert\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref61\" name=\"_ftn61\">[61]<\/a> M\u00eame si pour moi le nationalisme occitan, aussi respectable qu\u2019il puisse \u00eatre, est tout autant une impasse que le nationalisme fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref62\" name=\"_ftn62\">[62]<\/a> Je laisse de c\u00f4t\u00e9 l\u2019occitanisme version Castan et Sicre qui n\u2019entre dans aucune de ces deux cat\u00e9gories.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref63\" name=\"_ftn63\">[63]<\/a> Aux \u00e9ditions Vent Terral, coll. Documents n\u00b01, 1976.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref64\" name=\"_ftn64\">[64]<\/a> In <em>Claude Mart\u00ed<\/em>, Seghers, coll. Po\u00e9sie et Chansons, Paris, 1975, p. 63.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref65\" name=\"_ftn65\">[65]<\/a> David Grosclaude, \u00e0 qui je faisais remarquer un jour que l\u2019Occitanie ne s\u2019\u00e9tait jamais constitu\u00e9e historiquement comme nation, m\u2019a r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Si elle ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, alors il faut faire en sorte qu\u2019elle le devienne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref66\" name=\"_ftn66\">[66]<\/a> Cf. le livre de\u00a0 Jean Penent\u00a0: <em>Occitanie &#8211; L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e des origines<\/em>, \u00e9ditions Cairn, 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est avec l&rsquo;aimable autorisation de son auteur, le chanteur et professeur de philosophie occitan Eric Fraj, que nous publions sur ce blog un texte que nous consid\u00e9rons comme capital. Cette version est la premi\u00e8re, celle qui a initialement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en novembre 2012 sur le blog Mescladis e cops de gula. Elle a donn\u00e9 lieu \u00e0 un livre bilingue fran\u00e7ais-occitan publi\u00e9 en 2013 aux \u00e9ditions Reclams, suivi en 2014 d&rsquo;une r\u00e9\u00e9dition revue et augment\u00e9e. Ce texte est \u00e0 lire et&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/2016\/12\/19\/quel-occitan-pour-demain\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[27,14,11,10,15,26,16],"class_list":["post-51","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-en-em-sonjal","tag-elitisme","tag-eric-fraj","tag-langue-populaire","tag-langue-standard","tag-occitan","tag-purisme","tag-resocialisation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":119,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions\/119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.brezhonegbrovear.bzh\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}